Qu’est-ce que le droit local ?

On appelle droit local alsacien-mosellan l’ensemble des règles de droit particulières à l’Alsace et à la Moselle. Le droit local est un droit national d’application propre au territoire de l’Alsace-Moselle.
Il a la même valeur juridique que les lois applicables dans le reste de la France.
Le droit local se compose de trois catégories de textes :
- Des lois d’origine française d’avant 1871, à l’image de celles mettant en oeuvre le Concordat de 1801.
- Des lois d’origine allemande d’avant 1918, comme celle relative aux associations ainsi que des lois élaborées pendant la période allemande par des autorités alsaciennes-lorraines, comme la loi sur le cadastre de 1884.
- Des lois postérieures à 1918, adoptées par les autorités françaises spécifiquement pour l’Alsace et la Moselle, telles que les deux lois introductives de la législation civile et commerciale française du 1er juin 1924.
Aujourd’hui, tous ces textes, quelle que soit leur origine, sont considérés comme du droit français dont l’application est limitée à l’Alsace-Moselle.

L’Institut du droit local alsacien-mosellan
Créé sous la forme d’une association inscrite de droit local, l’Institut du droit local a pour tâche de promouvoir une connaissance plus approfondie des diverses composantes du droit local, ainsi que des problèmes juridiques que soulève sa combinaison avec le droit général. Ses principales missions sont l’information, la documentation, le renseignement juridique, la formation, le suivi des réformes législatives et réglementaires et la codification. Il édite La Revue du droit local et dirige la publication du Code du droit local alsacien-mosellan, lequel regroupe tous les textes spécifiques aux trois départements.
Institut du droit local alsacien mosellan
15 rue des Juifs
67061 Strasbourg
Tél. 03 88 35 55 22
Mail : idl20433@orange.fr
Le régime des cultes

Le régime des cultes est réglementé par le Concordat du 15 juillet 1801 (le Concordat est un traité international liant la France et le Saint-Siège), les articles organiques pour les cultes catholique et protestant issus de la loi du 8 avril 1802, l’ordonnance du 25 mai 1844 relative au culte israélite, ainsi que par un certain nombre de textes ultérieurs dont certains sont récents, la liberté de religion étant par ailleurs garantie pour tous les cultes. Les cultes statutaires sont au nombre de quatre : le culte catholique, les deux cultes protestants (Église réformée d’Alsace-Lorraine – ERAL – et Église de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine – ECAAL). Les différentes dispositions relatives au régime des cultes sont interprétées conformément au principe de séparation entre le temporel et le spirituel, tout en organisant un ensemble de droits et d’obligations pour les cultes statutaires et les pouvoirs publics. L’existence de ce régime justifie la non-introduction en Alsace-Moselle de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905. Cela qui signifie que ces territoires ne connaissent pas les restrictions au soutien public des activités religieuses qui figurent dans cette loi. La liberté de conscience, le respect de tous les cultes et la neutralité confessionnelle de l’État sont assurés en Alsace et Moselle directement sur la base de la Constitution.
Les Églises catholiques, protestantes (luthériens et réformés fédérés dans l’UEPAL – Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine), ainsi que le culte juif consistorial relèvent, pour partie, de textes antérieurs à 1870 dont le plus significatif est le Concordat de 1801. Ces différents textes définissent, pour chacune de ces organisations religieuses, un statut particulier, d’où le nom de “cultes statutaires”. Ces cultes sont caractérisés par une collaboration entre les pouvoirs publics et les autorités religieuses dont l’objectif est de garantir une bonne intégration des religions dans la société. La nomination de certains personnels religieux fait l’objet d’un droit de contrôle de l’administration qui, en contrepartie, leur verse une rémunération. Les ministres des cultes sont rétribués par l’État et les collectivités territoriales participent au financement du culte paroissial. Le service des cultes est rattaché au Ministère de l’Intérieur avec un sous-préfet à Strasbourg chargé du Bureau des Cultes des trois départements.
Parallèlement, les communes sont tenues d’intervenir dans certains cas pour l’entretien et la réparation des bâtiments cultuels. Ce système a été reconnu conforme à la Constitution par une décision du Conseil constitutionnel du 21 février 2013.
Les autres cultes, dits “non-statutaires” (culte musulman, évangéliste, bouddhiste…) bénéficient aussi de dispositions de droit local au regard du principe d’égalité devant la loi. Ils peuvent se constituer en associations de droit local inscrites au registre des associations et bénéficier à ce titre de la pleine capacité juridique ; ils ont la possibilité de percevoir des subventions publiques, ainsi que des dons et legs. Il est fréquent que des collectivités locales leur apportent un soutien financier en considérant que leurs activités présentent un caractère d’intérêt général.
Source : https://idl-am.org/le-droit-local-presentation-generale/
L’Enseignement religieux
Le droit local fait obligation aux autorités scolaires d’organiser des cours d’enseignement religieux dans les écoles, collèges et lycées publics. Les parents et élèves peuvent choisir de faire usage ou non de cette offre. Cet enseignement religieux, d’une heure par semaine, est assuré respectivement par les autorités religieuses catholiques, protestantes et juives. Il est possible de s’y inscrire en dehors de toute appartenance confessionnelle.
Des spécificités juridiques favorables à la bonne intégration des religions dans la société
Il porte sur la connaissance des religions, de l’interreligieux et du vivre ensemble. La plupart des acteurs socio-politiques, ainsi que les parents d’élèves regrettent le déficit de culture religieuse des jeunes générations ; aussi, nombre d’entre eux considèrent que cet enseignement constitue un élément positif.

Histoire du droit local
1871
Le droit local est né avec le rattachement de l’Alsace et des territoires lorrains à l’Allemagne en 1871. À ce moment, les autorités allemandes ont maintenu dans ces territoires l’essentiel de la législation française qui y était en vigueur. Par la suite, les lois allemandes élaborées dans le cadre du Reich ont été rendues applicables à ces territoires. Par ailleurs, l’Allemagne étant un pays fédéral, l’Alsace-Lorraine constituée en “Reichsland Elsass-Lothringen” (“Terre d’Empire Alsace-Lorraine”), disposait d’un pouvoir législatif propre, lequel a permis de développer une législation spécifique à ce territoire.
1919
En 1919, après le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, les autorités françaises ont décidé de maintenir en vigueur, à titre provisoire, les lois qui s’y appliquaient antérieurement, dans la perspective d’une introduction progressive du droit français et dans le respect des traditions et des attentes des populations d’Alsace et de Lorraine.
1924
En 1924, deux grandes lois d’introduction de la législation française (dites “lois Schuman”)sont intervenues décidant la mise en application de la législation civile et commerciale française tout en maintenant de nombreuses dispositions locales. Le projet d’introduire les lois sur la séparation des Églises et de l’État et sur l’abrogation de l’enseignement religieux s’est heurté à une vive résistance des populations des trois départements. Aussi, “l’unification législative” a-t-elle été remise à plus tard.
1940
Supprimé après 1940 par le régime nazi, le droit local a été remis en vigueur dans le cadre du “rétablissement de la légalité républicaine” en 1944.
1985
À l’occasion d’une prise de conscience que le droit local méritait d’être promu, l’Institut du droit local alsacien-mosellan a été créé, afin de susciter une meilleure connaissance et une gestion moderne de la législation locale.
2011
Une décision du Conseil constitutionnel, tout en reconnaissant à l’existence du droit local le caractère d’un « principe fondamental reconnu par les lois de la République », a limité ses possibilités d’évolution, sans exclure la création de nouvelles lois territoriales dans les mêmes conditions que dans le reste de la France.
À l’occasion du centenaire des lois de 1924, l’Académie nationale de Metz a organisé un colloque à la Préfecture sur ce sujet. En savoir plus
Une exposition sur le droit local
Pour en savoir plus sur le droit local :
Les articles parus dans la revue Église de Metz
Le droit local au service des populations – Église de Metz n° 57, février 2021
Ce que peut nous enseigner le Concordat – Église de Metz n° 57, février 2021
Le Vendredi saint en Alsace-Moselle – Église de Metz n° 59, avril 2021
Les associations de droit local – Église de Metz n° 62, juillet/août 2021
Nomination de l’évêque de Metz : le ‟fait du Princeˮ ? – Église de Metz n° 67, janvier 2022
Le statut des séminaires en terre concordataire – Église de Metz n° 69, mars 2022
Prier pour la République : une pratique concordataire ? – Église de Metz n° 71, mai 2022
Création ou suppression de paroisses – Église de Metz n° 76, novembre 2022
L’aumônerie militaire – Église de Metz n° 78, janvier 2023
L’enseignement religieux dans les établissements scolaires d’Alsace-Moselle – Église de Metz n° 81, avril 2023
Le droit local : un droit allemand ? – Église de Metz n° 84 , juillet/août 2023
Droit local et Constitution – Église de Metz n° 90, février 2024
Changements et continuité concernant le fonctionnement des fabriques des églises / Arrêté préfectoral approuvant le règlement épiscopal des fabriques du 22 février 2024 / Règlement épiscopal des fabriques – Église de Metz n° 92, avril 2024
Pour le droit local, tout le droit local ! – Église de Metz n° 94, juin 2024
Robert Schuman et les lois de réintroduction du droit français de 1924 – Église de Metz n° 96, septembre 2024
Le centenaire du droit local – Église de Metz n° 98, novembre 2024
Les organes consultatifs du droit local – Église de Metz n° 100, janvier 2025
Jean-Pierre Chevènement : une vision de la laïcité et du concordat – Église de Metz n° 102, mars 2025
Le Conseil constitutionnel et la laïcité – Église de Metz n° 104, mai 2025
L’Union des familles laïques – Église de Metz n° 106, juillet-août 2025


