Les diacres se forment autour de l’écoute et de l’exorcisme
Samedi 16 mai 2026, des diacres du diocèse de Metz et leur épouse étaient réunis pour leur journée de formation annuelle autour de l’écoute et de l’accompagnement des personnes en souffrance psychique ou souhaitant recourir au service de l’exorcisme. Le chanoine Jean-Luc Jost et la religieuse-psychologue Dorothée Esso-Solam Pikeli sont intervenus lors de cette journée.

Après l’accueil par Mgr Philippe Ballot, la quarantaine de participants a pu d’abord écouté la présentation du chanoine Jean-Luc Jost autour de la mission Ecoute-Exorcisme confiée à une équipe dont il assume la charge. En effet, ce service est d’abord dans un premier temps une mission d’écoute. Plusieurs personnes composent ce service et interviennent selon les besoins. Tout ne relève pas d’une emprise maléfique. Quand cela est nécessaire, les personnes sont invités à rencontrer le prêtre exorciste. Le père Jean-Luc Jost a insisté sur la confiance à avoir en Dieu, c’est souvent le pas essentiel pour ne pas être sous l’emprise du mal.

Dans l’après-midi, ce fut au tour de Sœur Dorothée Esso-Solam Pikeli, psychologue clinicienne-psychothérapeute et sœur de la Providence de Saint André de Peltre, de prendre la parole devant le groupe. Elle a abordé la question du discernement entre souffrance psychique et manifestations interprétées comme spirituelles.
Elle rappelle que l’être humain est une unité composée du corps, du psychisme et de la dimension spirituelle. Ainsi, certaines maladies psychiques peuvent prendre une coloration religieuse et être confondues avec une influence démoniaque ou une possession.
Toute personne fait partie d’une structure de personnalité : névrose, psychose et état-limite (borderline). Ces organisations psychiques se construisent souvent à partir de traumatismes, de carences affectives ou de ruptures vécues durant l’enfance. Elles ne sont pas pathologiques en elles-mêmes, mais peuvent le devenir lorsqu’elles provoquent une grande souffrance ou des difficultés relationnelles importantes.
La psychose se caractérise par une rupture avec la réalité, des hallucinations, des délires et parfois une désorganisation importante de la pensée. La névrose, quant à elle, conserve un ancrage dans la réalité malgré l’angoisse, les phobies ou les troubles obsessionnels compulsifs. Les états-limites se distinguent par une grande instabilité émotionnelle, relationnelle et comportementale.
Plusieurs pathologies peuvent être interprétées à tort comme spirituelles : dépression, schizophrénie, bipolarité, troubles dissociatifs, hystérie, catatonie ou bouffée délirante aiguë… Chez les personnes croyantes, les symptômes prennent parfois une forme religieuse : impression d’être puni par Dieu, pensées blasphématoires, voix interprétées comme démoniaques ou délires mystiques. Pourtant, ces manifestations relèvent souvent d’une souffrance psychique nécessitant une prise en charge médicale et psychologique.
L’histoire montre que certains troubles ont longtemps été considérés comme des possessions démoniaques. L’exemple de l’hystérie illustre cette évolution : autrefois attribuée au démon, elle a progressivement été comprise comme l’expression d’un conflit psychique inconscient.
La psychologie et la psychiatrie ne reconnaissent pas la possession démoniaque comme diagnostic clinique. Elles parlent plutôt de psychoses, de troubles dissociatifs ou de phénomènes culturels. Cependant, la science ne peut ni prouver ni nier l’existence d’une réalité spirituelle. Les croyances religieuses influencent fortement l’expérience psychique et peuvent aussi soutenir la résilience et le sens de la vie.
La psychiatrie et l’exorcisme ne doivent pas être opposés. Le discernement et la collaboration entre psychiatres, psychologues et responsables religieux s’avèrent indispensables. Avant de conclure qu’il y a possession, il est essentiel d’examiner les causes médicales, psychologiques et sociales. Le rôle du psychiatre est d’analyser les symptômes et d’éviter les erreurs de diagnostic, tandis que l’exorciste garde la responsabilité du discernement spirituel. L’enjeu est d’éviter deux excès : voir le démon partout ou réduire toute souffrance à une maladie.
L’exorcisme reste, pour l’Église, un ministère de délivrance destiné aux cas de véritable possession, au nom de Jésus considéré comme médecin des corps et des âmes. Là où la psychologie soigne la souffrance psychique et où la foi accompagne la quête de sens, l’être humain peut être accueilli dans toute sa complexité.