Les sourds autour du Christ : une journée de foi et de partage à Metz
Dimanche 12 avril 2026, une vingtaine de personnes sourdes se sont retrouvées en l’église Sainte-Ségolène de Metz pour une journée fraternelle organisée par le Service Santé-Handicap du diocèse de Metz, avec le soutien du diocèse de Nancy. Intitulée Les sourds autour du Christ, cette rencontre a permis de vivre un véritable temps de communion, dans une attention concrète portée à l’accessibilité. Les participants venaient de différents territoires : du diocèse de Metz et de Nancy bien sûr, mais aussi des Vosges et même de Laon (Aisne).

Le choix du lieu n’était pas anodin. Située à proximité de l’ancienne école des sourds de Metz, l’église Sainte-Ségolène évoque pour beaucoup des souvenirs de sacrements et de vie chrétienne. La journée a débuté par un temps de confessions, avant une messe présidée par Mgr Philippe Ballot, traduite en langue des signes française (LSF), rendue possible grâce à la collaboration entre le diocèse de Nancy — avec le père Xavier Loppinet et le frère Jean-Gabriel Vallas —, l’engagement du Service diocésain Santé-Handicap, ainsi que la participation active de fidèles sourds eux-mêmes.


Dans son homélie, Mgr Ballot a d’abord évoqué la première communauté chrétienne décrite dans les Actes des Apôtres : une Église où la communion fraternelle, la prière et le partage des biens se vivent simplement, dans une unité qui touche à l’essentiel. Une image presque idéale, qui interroge : comment vivre aujourd’hui une telle communion ? Car si elle apparaît évidente dans le texte, elle suppose en réalité une véritable capacité à se comprendre et à se rejoindre. Mgr Ballot a ensuite rappelé combien la vie chrétienne s’enracine dans la miséricorde et le pardon, soulignant que « celui qui accueille le pardon du Seigneur, toujours offert, est invité à pardonner lui aussi ». Pour rendre cette réalité concrète, il s’est appuyé sur l’image du kintsugi, cet art japonais qui consiste à réparer un objet brisé avec de la laque mêlée d’or : loin de cacher les fissures, celles-ci sont mises en valeur. De même, a-t-il expliqué, le pardon de Dieu ne fait pas disparaître les blessures mais les transforme : « Ainsi est le pardon. Il est la laque d’or dans nos vies blessées, brisées par le péché.«

La célébration a été marquée par un temps communautaire fort : chacun était invité à déposer une bougie près du Christ miséricordieux. Au-delà du moment vécu, cette journée dit quelque chose d’essentiel : accueillir ne suffit pas toujours, encore faut-il permettre une participation réelle. Lorsque la liturgie devient accessible, c’est toute la communauté qui se trouve transformée.

Ce dimanche 12 avril 2026, sourds et entendants ont pu entrer ensemble dans la célébration. La Parole de Dieu se fait plus posée, plus attentive, les lectures s’ajustent au rythme de la LSF, les chants deviennent plus visuels, portés par l’expressivité des signes. Une manière de célébrer plus attentive, plus incarnée, plus fraternelle, où chacun trouve sa place. L’accessibilité ne bénéficie pas seulement à quelques-uns : elle enrichit l’ensemble du corps.


À l’issue de la messe, une image du Christ Miséricordieux a été remise à chacun par le Service diocésain Santé-Handicap, comme mémoire de cette journée appelée à se prolonger.
La découverte de l’église s’est ensuite faite sous la conduite de Géraldine Caps, responsable du Service diocésain de la pastorale du tourisme, permettant d’en apprécier l’histoire et la richesse culturelle.

La rencontre s’est poursuivie dans une ambiance conviviale autour d’un repas partagé, au cours duquel Mgr Ballot est venu échanger avec les participants.
L’après-midi, la projection du film Jésus, réalisé par Deaf Missions en langue des signes américaine et sous-titré, a été proposée. Pensé spécifiquement pour les personnes sourdes, ce film offre une approche visuelle du récit des évangiles et a permis d’ouvrir un temps de partage.
Le témoignage d’une maman sourde, dont le fils fera sa première communion cette année, en dit long. Elle a confié combien ce film lui avait permis de mieux découvrir la vie du Christ. Elle souligne aussi la chance qu’a son fils d’être aujourd’hui accompagné grâce à une traduction adaptée, là où elle-même, au même âge, devait suivre sans comprendre. Grâce à cet accompagnement, il peut désormais vivre pleinement le sacrement et trouver sa place dans la communauté, même si beaucoup reste encore à construire dans le diocèse.

Ce type d’initiative interroge concrètement : que mettons-nous en œuvre pour que chacun puisse participer pleinement à la vie de l’Église ? À Metz, une réponse se construit, humblement mais résolument, à travers des moyens simples et une attention réelle aux personnes.
Cette journée aura permis à chacun de vivre un véritable temps d’Église, dans la rencontre, la prière et le partage. Une première rencontre qui en appelle d’autres.

Pour en savoir plus sur la traduction en LSF :
Si vous êtes en contact avec des personnes sourdes ou malentendantes, vous pouvez contacter Nadège Kieffer via WhatsApp au 07 67 91 98 00.