Message oecuménique de Pâques : le grand passage !

Cette année, nous célébrons Pâques en même temps que nos frères juifs. Est-il besoin de rappeler que la fête centrale des chrétiens est profondément ancrée dans la tradition juive de Pessa’h, qui commémore la sortie d’Égypte et la libération du peuple d’Israël ? L’étymologie du mot Pessa’h vient d’un verbe qui signifie « passer au-dessus » : c’est le rappel qu’à la 10e plaie d’Égypte, la mort a « sauté par-dessus » les maisons des Hébreux pour épargner leurs premiers-nés. La tradition chrétienne a repris symboliquement les éléments de la Pâque juive : ainsi le Christ s’est désigné lui-même comme l’agneau pascal dont le sang, badigeonné sur les linteaux des maisons juives en Egypte, a préservé leurs premiers-nés de la mort. La célébration de la Sainte Cène ou eucharistie est une reprise chrétienne du repas du Seder, rituel juif propre à la fête de Pessa’h, que Jésus a célébré avec ses amis en tant que juif.  La liturgie pascale relie aussi le récit du passage de la Mer Rouge à la libération du mal et de la mort offerte par le Christ, nouveau Moïse.

Notre monde gémit sous le poids de tous les esclavages et aspire à être libéré de toutes les oppressions, quelles que soient leurs noms : guerres dans de nombreux pays, violences de toute nature, oppressions politiques au nom d’idéologies nationalistes, injustices sociales croissantes, angoisses apocalyptiques devant la dévastation de notre écosystème, pour ne pas parler de la maladie qui peut frapper aveuglément et de la mort qui semble toujours avoir le dernier mot. Le témoignage du peuple juif signifie que le cycle infernal du mal et de la mort n’aura décidément pas le dernier mot : ainsi le livre de Job, ce juste qui a connu le malheur jusque dans ses limites extrêmes, se conclut-il par cette confession de foi : « Je sais que mon rédempteur est vivant ! »

Pour les chrétiens, la résurrection de Jésus porte ce message d’espérance aux dimensions de l’universel : désormais pour toute personne qui vient à sa suite, le Christ ouvre un chemin de vie que nul ne peut plus fermer. Certes, la découverte du tombeau vide le matin de Pâques est passée inaperçue aux yeux du monde : quelques femmes apeurées et quelques disciples incrédules en ont été les premiers témoins, et le monde a continué sa course comme si rien n’avait changé. Marie Madeleine ne reconnaît le ressuscité qui lui apparaît que lorsqu’il l’appelle par son nom : « Marie !». Ainsi, le Christ continue-t-il d’appeler par son nom toute femme et tout homme qui veut bien lui tendre l’oreille de la foi. Et cette chaîne de confiance et d’espérance continue, à travers le temps et l’espace, de dire la victoire de l’Amour sur la mort et à être ferment de transformation du monde.

Joyeuses Pâques à toutes et à tous !

Mgr Philippe Ballot, archevêque évêque de Metz

Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg

Christian Albecker, président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine

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