Témoignages de migrants et de réfugiés lors d’un concert à Saint-Pierre-aux-Nonnains

Samedi 19 mars 2022, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton a donné un concert en l’église Saint-Pierre-aux-Nonnains, à Metz, autour de la première et troisième Leçons de ténèbres de François Couperin. Durant ce spectacle, douze migrants et réfugiés ont apporté leur témoignages et contributions.

Les Leçons de ténèbres pour le Mercredi saint ont été écrites par François Couperin pour les liturgies de la semaine sainte de 1714 à l’abbaye de Longchamp. Elles reprennent le texte des lamentations de Jérémie, issu de l’Ancien Testament où le prophète déplore la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Dans la tradition catholique, elles symbolisent la solitude du Christ abandonné par ses apôtres.

Durant la semaine précédente, en partenariat avec la pastorale des migrants du diocèse, ces migrants et réfugiés venus d’Irak, du Tibet, du Brésil, d’Albanie, de Serbie, de Syrie, du Nigéria, d’Erythrée, et deux jeunes ukrainiens arrivés récemment, ont préparé le spectacle, mais nul ne savait où l’artiste les conduirait. « J’ai proposé à un groupe de personne d’apporter à l’œuvre quelque chose qui leur appartient… de l’ordre de la mémoire… ce serait comme un espace habité par une troupe, le temps d’un soir« , explique la violoncelliste. Pas de longues présentations personnelles mais une proposition toute simple où chacun était invité à écrire, chanter et exprimer l’absence d’un être cher, laissé loin en raison de son parcours migratoire. C’est bien à travers les écrits, les chants et les dessins que chacun a évoqué sa souffrance, ses espoirs, sa langue, sa foi et son espérance.

Ainsi Lora, venue de Karakoch en Irak, a chanté une comptine en araméen. Kenan, venu de Syrie, a écrit à sa mère, laissée en Turquie. Enéa, d’Albanie, Mladen de Serbie, Petros de l’Erythrée, Karchom du Tibet, évoquaient la démocratie trouvée en France. Karina et Erik, arrivés depuis sept jours d’Ukraine, ont uni leurs paroles et leurs espoirs à ceux de tous les réfugiés. Mickaël, du Nigéria, de sa voix grave, chantait un chant pour remercier Jésus d’être aimé et honoré ainsi. Ediely, du Brésil, reprenait en français les paroles de chacun, voici son témoignage : « J’ai choisi de quitter le Brésil pour rejoindre mon mari. Je suis fière, tellement émue et sensibilisée brusquement d’entendre le parcours de chacun. Alors participer à ce concert dans cette ancienne église chargée de l’histoire de ce pays qui m’accueillie, quel bonheur. Cette soirée restera comme l’un des plus beaux moments de ma vie !« 

Dans le cadre au-dessus des artistes passaient des images fugitives, joyeuses ou graves prises au gré des répétitions de ces artistes d’un soir. Lora, déambulant dans Saint-Pierre aux Nonnains en tenue traditionnelle, Karina, dessinant d’un doigt délicat la carte de l’Ukraine et de ses villes qui nous deviennent, hélas, familières.

« J’ai évoqué ainsi mon pays, mon éducation« , nous dit Mickaël. « J’ai pu partager mon histoire, vivre une très belle expérience et travailler avec des personnes extraordinaires« , rappelle Kenan. « J’ai été malade toute la semaine », soupire Karchom, « mais je voulais être là, ce soir car j’étais heureuse de rencontrer d’autres migrants et de partager avec eux ce que nous avons de commun dans nos expériences d’éloignement de nos pays. » Lora : « J’étais tellement surprise par cette proposition et indécise. Mais si heureuse d’y avoir participé. Chaque jour, c’était la joie de revenir aux répétitions. Durant ce concert, j’étais de retour chez moi, dans mon pays et je me sentais libre et libérée de toute peur. C’était comme si l’Esprit Saint portait mes paroles. Mon mari m’a dit : « Tu étais top », mon petit garçon de 6ans : « Je ne t’ai pas assez vue » et mon amie japonaise qui ne connait pas bien le français : « J’avais des frissons ».

Enéa, guitariste lui-même et passionné de musique s’est laissé porter par ces musiciens expérimentés. Mladen et Pétros, encore étonnés de cette expérience qu’ils n’attendaient pas, ont vibré en entendant des applaudissements qui leur étaient destinés !

Merci :
• Aux musiciens, à Sonia pour son regard indulgent, attentif, bienveillant mais d’une belle exigence, à Marius Atherton, guitariste et synthétiseur, à Quentin Balpe, dénichant de ci de là : des visages, des voix, des chants, des danses, des murmures… Oui, merci pour leur attention à chacun et l’inventivité dont ils ont tous fait preuve en accompagnant et utilisant si justement la créativité, le talent et les compétences des artistes d’un soir.
• À la Cité musicale, et tout particulièrement à Marie, Ellynn et Déborah pour cette proposition si enthousiasmante révélant plus encore, notre volonté de découvrir ensemble toutes formes de cultures.
• À Catherine pour son accompagnement discret et bienveillant, à tous les bénévoles et migrants et réfugiés venus nombreux.
• Et à tous les spectateurs qui ont rempli en entier, la salle de Saint-Pierre-aux-Nonnains et qui ont vibré à la musique et à l’émotion vécue par nos artistes en herbe.

Enfin un petit clin d’œil d’un bénévole de la pastorale des migrants : « Hier, c’était vraiment pro. Je reste sur ma faim car trop court. Séquence émotion pour ceux qui connaissent, moins pour les « non-initiés » car subtil et sensible mais pas didactique. Et surtout une super valorisation de douze étrangers. Ça valait bien une mi-temps d’un super match de rugby !« 

Karina et Erik sont désormais accueillis par une famille près de Metz. Nos pensées et nos prières les accompagnent comme elles accompagnent tous ceux qui vivent ce long parcours d’exil, venus de tous les pays.

Vous trouverez ci-dessous un fragment vidéo, tourné lors de la semaine de répétition :