Pastorale de migrants : une journée pour “se (re)connecter à la terre”

Dimanche 28 février 2021, Corinne Maury, déléguée à la pastorale des migrants du diocèse de Metz, a invité Tarek, 32 ans, et Éric, 37 ans, à “se (re)connecter à la terre”, grâce au CCFD-Terre Solidaire et au label Église verte. La promenade était suivie par des témoignages en visioconférence.

À la découverte de cette nature qui est un don de Dieu” (Jean-Louis Paccoud, diacre permanent, paroisse Saint-Fiacre du Sablon)

Deuxième dimanche de carême. Dès 9h, le soleil éclaire les vitraux de Jean Cocteau, dans l’église Saint-Maximin de Metz. Cet éclairage, l’exposition d’art contemporain Le ciel sur la terre et un court intermède musical nous mettent en condition.

Nous partons avec Tarek, musulman originaire du Bangladesh, et ma belle-fille Ioana, de Roumanie, pour une balade au parc de la Seille. Éric, catholique venu du Togo, bloqué à son foyer en raison de son fauteuil roulant, découvre depuis sa fenêtre tout ce quartier et le parc.

La Seille, qui se jette dans la Moselle, établit une sorte de frontière entre deux quartiers très différents de Metz. Queuleu d’un côté, ancien village sur sa colline, avec ses ruelles, ses villas allemandes et leurs jardins plantés d’arbres fruitiers et d’anciennes vignes, et le Sablon de l’autre, fier de son centre d’art contemporain Pompidou mais aussi inquiet de son nouveau quartier dont l’urbanisation semble démesurée et impersonnelle, où seules les terrasses apportent un lieu paysager.

Certains courent, pédalent, d’autres se promènent avec leurs enfants, leurs chiens. Ici, tout est paradoxal : un bout de nature dans la ville mais aussi un peu étreint par elle.

Nous nous échappons tout au bord de la rivière et observons : la lumière rasante qui réchauffe tout doucement la nature, cygnes et canards se disputant des croutons de pains, des morceaux de bois morts emportés par le courant, des arbres bourgeonnant, d’autres plus lents… ainsi les vignes plantées revivent tranquillement tandis que le houblon patiente encore.

Seuls des masques, quelques canettes et des sacs, accrochés piteusement aux arbustes, nous rappellent notre manque de soin envers cette nature que nous voulons préserver. Tarek est frappé par la présence de plastique dans l’environnement.

À 15h30, nous nous retrouvons avec les équipes du CCFD-Terre Solidaire de Moselle et la référente Église verte pour une réunion Zoom.

Depuis une fenêtre du foyer où il réside, Éric a été interpellé par le mouvement des oiseaux : “Ils se déplacent “en convoi” : leur solidarité fait leur force. Leur chant m’a rappelé ce passage de la Bible dans lequel Dieu porte le souci de sa Création : “Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?” (Mt 6, 26).

Rendre grâce pour cette terre, cette humanité, notre seule planète” (Jean-Louis Paccoud)

De la vioconférence, Éric a retenu “l’importance qu’on doit apporter à tout ce qui nous entoure”. Il se sent appelé à agir pour l’Afrique, où, regrette-t-il, “les rues et les routes sont sales et mal entretenues. Il faudrait changer les mentalités, la manière de penser“. Comment ? “Avec des brochures, des visioconférences et un travail de pédagogie” propose le Togolais.

Tarek, lui, a été touché par le témoignage de Peggy qui a rendu visite à un partenaire du CCFD-Terre Solidaire en Thaïlande. “Elle y a vécu une expérience d’immersion de trois jours parmi les Karens qui vivent en forêt, dans le triangle d’Or”, explique Corinne. “Malgré la fatigue, elle a réussi à prendre sur elle et à vivre pleinement cette rencontre. Son rapport aux bruits de la forêt a évolué depuis“.

Au Bangladesh, la forêt de mangroves est en danger” alerte Tarek. En effet, la construction d’une centrale électrique à charbon près de Rampal menace la réserve forestière des Sundarbans. Tout comme “les orages, les cyclones et les raz de marée“, signes du changement climatique. Même s’il habitait loin de cet endroit, quand il vivait au Bangladesh, Tarek a participé à deux manifestations à Paris, en 2019 et 2020.

Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants” (Antoine de Saint-Exupéry)

La proposition du CCFD-Terre Solidaire a-t-elle fait bouger les lignes pour eux ? Tarek se forme actuellement à l’École nationale d’ingénieurs de Metz. “Encore un an“, annonce l’étudiant qui porte déjà un projet impliquant des panneaux solaires.

Pour Éric, le fruit est plus intérieur. Il veut suivre le conseil de Jean-Louis Paccoud, diacre qui vient le chercher tous les dimanches pour le conduire à la messe : “Se mettre dans la nature pour se ressourcer et faire le plein d’énergie pour repartir de plus belle“. Il réfléchit aussi à faire du bénévolat pour le CCFD-Terre Solidaire.

Corinne Maury (Diocèse de Metz) et Claire Rocher (Service national “Mission et Migrations”)