Ordination 2018 : Homélie de Mgr Lagleize

« Il y eut un homme, envoyé par Dieu – Son nom était Jean – Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière et préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir. »

Cette antienne d’ouverture pour la messe du 24 juin, retentit d’une façon toute particulière dans le cœur des prêtres et plus particulièrement, pour toi Emmanuel, en ce jour où tu es ordonné diacre.

Jean le baptiste est venu comme témoin

À la suite de Jean, tous les baptisés sont des témoins. Le concile Vatican II le dit avec force dans la Constitution sur l’Église.

« Tous les disciples du Christ, persévérant dans la prière et la louange de Dieu doivent s’offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu, porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l’espérance qui est en eux d’une vie éternelle » (LG 10).

Oui, tous les disciples du Christ sont appelés à être témoins et à nous, prêtres et évêques, nous incombe la redoutable charge d’assurer, de stimuler, d’encourager, de rectifier, de nourrir le peuple de Dieu pour que le témoignage rendu au Christ pour la gloire du Père et insufflé par l’Esprit Saint soit audible et crédible.

Si aujourd’hui, notre Église diocésaine se dote d’un projet pour une conversion pastorale et missionnaire, ce n’est pas pour être à la mode mais pour demeurer fidèle à l’envoi en mission qu’elle reçoit du Christ Jésus

Jean le baptiste est venu pour rendre témoignage à la lumière

« Que sera donc cet enfant ? », s’interrogeaient les voisins de Zacharie et Elisabeth.

« Que sera donc Emmanuel ? », s’interrogent peut-être certains…

Déjà ton prénom porte une signification profonde : « Dieu avec nous ». Que Dieu soit avec toi Emmanuel, et porte la lumière du Christ dans l’ensemble de ton ministère. Ne t’inquiète pas il ne nous abandonne jamais.

Sur ce témoignage à rendre, le Concile nous éclaire :

« Lorsque les apôtres, leurs successeurs et les coopérateurs de ceux-ci, sont envoyés pour annoncer aux hommes le Christ Sauveur du monde, leur apostolat prend appui sur la puissance de Dieu qui, très souvent, manifeste la force de l’Évangile dans la faiblesse des témoins.

Il faut, en effet que tous ceux qui se vouent au ministère de la parole divine utilisent les voies et les moyens propres à l’Évangile qui, sur bien des points, sont autres que ceux de la cité terrestre » (Gaudium et spes n°76).

Rendre témoignage à la lumière, le Christ ; « je suis la lumière du monde, dit Jésus et celui qui marche à ma suite ne marche pas dans les ténèbres » (Jn 8,12). Comme diacre tu auras à le manifester en faisant chaque jour plus tien ce que tu écouteras durant la remise de l’évangéliaire :

« Reçois l’Évangile du Christ, que tu as la mission d’annoncer. Sois attentif à croire à la Parole que tu liras, à enseigner ce que tu as cru, à vivre ce que tu auras enseigné. »

Nous rendons témoignage à la lumière, en osant sortir de nos habitudes, en osant parler d’autres langues pour porter notre attention, dynamiser et servir :

  • la mission de la pastorale de l’Initiation chrétienne;
  • la mission de la pastorale des jeunes et des vocations;
  • la mission de la pastorale des familles;
  • la mission de la diaconie;
  • la mission de la pastorale de la santé et des personnes handicapées;
  • la mission de la formation;
  • la mission du dialogue et de l’ouverture au monde.

Ainsi, à l’exemple de l’apôtre Paul, nous oserons passer sur l’autre rive et répondre aux appels des « Macédoniens » du XXIe siècle. Oui, il nous faut entendre cet appel : « Traverse la mer pour venir à notre secours » (Ac 16, 9).

La mission et l’audace missionnaire ne sont pas des actes isolés mais toujours avec d’autres et la médiation de l’Église. Jean Baptiste n’était pas seul, Jésus n’était pas seul.  Évêques, prêtres, diacres, nous sommes d’abord fidèles du Christ avec tous les fidèles du Christ. Ensemble, nous sommes ce peuple saint que Dieu rassemble du milieu des hommes pour lui appartenir.

Ce témoignage est difficile à rendre, et si Dieu s’est manifesté parfois dans les éclairs et les nuées, il se révèle aussi dans la brise légère, par la tête coupée de Jean Baptiste sur un plateau. Dieu se révèle dans le Christ nu, torturé, crucifié, et dans les martyrs – témoins – d’aujourd’hui.

Jean le baptiste est venu préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir

 Pour ce domaine aussi le concile Vatican II nous éclaire et nous encourage :

« En effet, est suscitée en chaque peuple la possibilité d’exprimer le message du Christ selon un mode qui lui est propre et est promu en même temps l’échange vivant entre l’Église et les cultures des divers peuples.

Pour accroître cet échange, l’Église, surtout en notre temps où les choses changent très vite et où les manières de penser sont fort variées, a particulièrement besoin du concours de ceux qui, vivant dans le monde, en connaissent à fond les diverses institutions et disciplines et qui en comprennent l’esprit profond, qu’il s’agisse de croyants ou d’incroyants » (Gaudium et spes n°44).

Jean Baptiste celui qui désigne le Christ

Emmanuel, de temps en temps, contemple le retable d’Issenheim, conservé au musée Unterlinden de Colmar.

Le Christ sur la croix est mort, à gauche l’apôtre Jean soutient la Vierge Marie, et à leurs pieds Marie-Madeleine à genoux.

À droite de la croix, Jean Baptiste pointant son index droit en direction de Jésus. De sa main gauche, il présente le livre des Écritures et à ses pieds un agneau qui lève la tête et une patte vers la croix.

Là est le véritable agneau de Dieu, et à chaque eucharistie, toi qui deviens serviteur de l’autel, comme le stipule la prière d’ordination, tu entends :

« Heureux les invités au repas du Seigneur, voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

Emmanuel, et nous tous, soyons heureux d’être appelés au festin des noces de l’Agneau.

Amen.

+ Jean-Christophe Lagleize
Évêque de Metz