Une réflexion proposée par l’archiprêtré d’Hayange pour la Journée mondiale des pauvres

Le 19 novembre 2017, au terme du Jubilé de la Miséricorde, le pape François a institué la Journée mondiale des pauvres fixée au 33ème dimanche du temps ordinaire. La quatrième édition s’est donc tenue le 15 novembre 2020. À cette occasion, l’équipe diaconie (“service”) de l’archiprêtré d’Hayange avait préparé une marche qui devait avoir lieu samedi 14 novembre 2020. Celle-ci devait débuter à Terville pour se terminer au camp de Bétange, à Florange. Malheureusement, confinement oblige, tout a dû être annulé…

L’archiprêtré d’Hayange a donc décidé de proposer cette réflexion pour vivre cette marche autrement, pour que chacun, seul(e) ou en famille, puisse “marcher”, ou s’imaginer “marcher intérieurement”, vivre un déplacement si ce n’est du corps, mais au moins du cœur ! Oh combien plus lent parfois à se mouvoir, dans un mouvement de sortie de soi pour se risquer à la rencontre, à l’écoute respectueuse de celle ou celui que nous ne comprenons pas, ou même que nous ne voyons plus. Prendre ce risque de la marche c’est accepter le déséquilibre, c’est grandir dans la jeunesse du cœur, cœurs de pauvres.

La parabole des talents de l’Évangile de ce dimanche 15 novembre, se termine avec celui qui a peur de tout, de l’avenir, des autres et qui ne prend aucun risque, et enfouit tout ce qu’il a reçu : la foi, la confiance, les qualités du cœur, l’amour qui lui est donné gratuitement, et même ses rêves.

À l’occasion de la Journée mondiale des pauvres, marchons ensemble à la suite du Christ, prenant le risque de vivre la Bonne Nouvelle de l’immense amour de Dieu pour les pauvres, les humbles et les petits, en méditant le thème de cette année Tends ta main au pauvre (Si 7, 32) pour nous aider, nous aussi, à concentrer notre regard sur l’essentiel.

Tendre la main nous fait découvrir qu’existe en nous la capacité d’accomplir des gestes qui donnent un sens à la vie. Les mauvaises nouvelles abondent sur les pages des journaux, sur les sites internet et sur les écrans de télévision, au point de laisser croire que le mal règne en maître. Pourtant il n’en est pas ainsi. Certes, la méchanceté et la violence, l’abus et la corruption ne manquent pas, mais la vie est tissée d’actes de respect et de générosité qui, non seulement compensent le mal, mais poussent à aller au-delà et à être remplis d’espérance.

Tendre la main est un signe : en ces mois, combien de mains tendues nous avons pu voir ! La main tendue du médecin qui se soucie de chaque patient en essayant de trouver le bon remède. La main tendue de l’infirmière et de l’infirmier qui, bien au-delà de leurs horaires de travail, sont restés pour soigner les malades. La main tendue du pharmacien exposé à tant de demandes dans un contact risqué avec les gens. La main tendue du prêtre qui bénit avec le déchirement au cœur. La main tendue du bénévole qui secourt ceux qui vivent dans la rue et qui, en plus de ne pas avoir un toit, n’ont rien à manger. La main tendue des hommes et des femmes qui travaillent pour offrir des services essentiels et la sécurité. Toutes ces mains ont défié la contagion et la peur pour apporter soutien et consolation.

Enfermés dans le silence de nos maisons, nous avons redécouvert l’importance de la simplicité et d’avoir le regard fixé sur l’essentiel. Nous avons mûri l’exigence d’une nouvelle fraternité, capable d’entraide et d’estime réciproque.

Depuis trop longtemps, déjà, nous avons été dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. Cette destruction de tout fondement de la vie sociale finit par nous opposer les uns aux autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts. Elle provoque l’émergence de nouvelles formes de violence et de cruauté, et empêche le développement d’une vraie culture de protection de l’environnement.

Il y a des mains tendues qui touchent rapidement le clavier d’un ordinateur pour déplacer des sommes d’argent d’une partie du monde à l’autre, décrétant la richesse des oligarchies et la misère de multitudes ou la faillite de nations entières.

Il y a des mains tendues pour accumuler de l’argent par la vente d’armes que d’autres mains, même celles d’enfants, utiliseront pour semer la mort et la pauvreté.

Il y a des mains tendues qui, dans l’ombre, échangent des doses de mort pour s’enrichir et vivre dans le luxe et le désordre éphémère.

Il y a des mains tendues qui, en sous-main, échangent des faveurs illégales contre un gain facile et corrompu.

Et il y a aussi des mains tendues de ceux qui, dans l’hypocrisie bienveillante, portent des lois qu’eux-mêmes n’observent pas.

Dans ce panorama, “les exclus continuent à attendre. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort. […] La plus grande pauvreté à combattre est la pauvreté en amour” (pape François, message pour la Journée mondiale des pauvres 2020).

Le Livre de Ben Sira suggère des actions concrètes pour soutenir les plus faibles et il utilise également quelques images suggestives. Il prend en considération la faiblesse de ceux qui sont tristes : “Ne te détourne pas de ceux qui pleurent” (7, 34).

Même un sourire que nous partageons avec le pauvre est source d’amour et permet de vivre dans la joie. Que la main tendue, alors, puisse toujours s’enrichir du sourire de celui qui ne fait pas peser sa présence et l’aide qu’il offre, mais ne se réjouit que de vivre à la manière des disciples du Christ !

Équipe Evangile@Peinture – Père Vincent Ravince – Équipe diaconie de l’archiprêtré d’Hayange – Peinture Berna – Fribourg