Procession du 15 août : crise sanitaire et appel à un sursaut solidaire

À l’occasion de la traditionnelle procession du 15 août à Notre-Dame de Metz, dans le cadre des vêpres de la fête de l’Assomption, Mgr Lagleize a donné sa lecture de la crise sanitaire et des conséquences à assumer pour la suite. Remerciant les soignants, les “premiers de corvée” et les aumôniers d’hôpitaux, il a appelé à un sursaut de solidarité face à une crise économique et sociale qui menace la France comme elle touche aujourd’hui le Liban.

Les vêpres de l’Assomption resteront gravé dans les mémoires des contraintes sanitaires comme le port du masque pour toute la célébration. En effet, dans la cathédrale, comme à l’extérieur, tous les participants ont porté un masque de protection. L’office a commencé par les vêpres, avec le chant des psaumes.

Après le Magnificat, la procession s’est organisée pour se mettre en route vers la place Saint-Jacques. Sur place, après le mot d’accueil du doyen du Chapitre cathédral, l’évêque et le maire de Metz ont déposé une gerbe, avant que les différentes communautés étrangères proposent une prière.

En premier lieu, ce fut la délégation libanaise qui implora le don de la paix auprès de Notre-Dame de Metz : ” Par l’intercession de Notre-Dame de l’Assomption, prions le Seigneur pour la renaissance d’un Liban de paix, de tolérance et de progrès, et pour tous les gouvernements de la terre afin qu’ils soient au service exclusif de leur peuple“.

Puis ce fut le tour des communautés du Sud-Est asiatique, d’Afrique, de la communauté ukrainienne et de la communauté polonaise. Enfin, la prière fut confiée à la communauté italienne, aux jeunes de Metz et la dernière intention fut pour le diocèse de Metz à l’occasion de l’année jubilaire des 800 ans de la cathédrale.

Vient le moment pour Monseigneur Lagleize de prendre la parole, après la prière du Notre-Père. Il a donné cette allocution :

Chers amis, depuis quelques mois, nous vivons dans un temps de crise. Crise sanitaire, sociale, économique. Venir en procession au pied de cette colonne, qui est érigée en l’honneur de la Vierge Marie protectrice de notre cité, n’est pas anodin. En d’autres temps de crises nos prédécesseurs sont venus ici pour prier et affirmer leur volonté de combattre les maux qui les affligeaient.

Durant ces derniers mois, notre propre attitude à l’égard de la Covid19 est passée d’une certaine indifférence devant une menace lointaine, à l’inquiétude et à la peur face à la présence d’une réalité terrifiante à notre porte et nous savons combien notre département a été touché. Durant ces mois, nous avons été témoins de la générosité d’innombrables personnels soignants qui se sont donnés, plusieurs au prix de leur propre vie, pour prendre soin de leurs frères et sœurs. De la générosité de tant et tant de personnes qui ont permis que notre vie quotidienne puisse se poursuivre dans les meilleures conditions.

Et je désire mentionner les ministres des différents cultes qui ont répondu aux appels des malades, des familles en deuil, je les remercie, ici, publiquement, car les autorités de l’Etat semblent ignorer l’engagement de ces ministres des cultes et des services d’aumônerie dans les établissements de santé et pénitentiaires durant cette pandémie.

Durant cette période nous avons vécu un temps de lucidité et de découverte. Car cette pandémie nous a éloignés de ce que nous considérions comme une vie normale et nous a contraints à vivre dans des espaces que nous ne connaissions pas ou plus. Nous nous sommes retrouvés en situation de solidarité inattendue avec ceux qui doivent vivre au quotidien, dans la peur, la vulnérabilité et l’incertitude du lendemain. Nous avons été témoins de l’extraordinaire créativité et de la richesse de l’esprit humain, tant pour des actions de solidarité, que pour des activités culturelles et spirituelles. Nous avons pris conscience de la mesure dans laquelle nous dépendons des travailleurs les moins bien payés de notre société, ces personnes que nous côtoyons journellement et qui peuvent être négligées dans une société où l’identité et la valeur humaine ne paraissent liées qu’à la réussite, aux diplômes, aux revenus et à la condition sociale.

Ces initiatives personnelles et collectives nous ont montrés qu’un changement profond est possible, mais depuis quelques semaines, je crains que nous soyons repartis dans le monde d’avant. Un monde qui semble à bout de souffle, les crises politiques et de gouvernance dans de nombreux pays en atteste ; pensons particulièrement au Liban doublement éprouvé par le marasme politique et la double explosion qui plonge ce pays dans le chaos.

Cependant la crise sociale et économique déjà là et qui s’amplifiera dans les mois à venir nous invitent à un sursaut. Les responsables politiques, économiques et les corps intermédiaires, ne peuvent pas se dérober face à l’urgence de l’instauration d’un nouvel ordre social et à la juste rétribution pour celles et ceux qui, jour après jour, nous permettent de vivre au mieux.

Ici au pied de Notre-Dame de Metz, implorons son assistance et sa protection maternelle. Que la Vierge Marie intercède auprès de Dieu afin que l’Esprit Saint nous donne la force et la persévérance pour renouveler ensemble la face de la terre.  Amen.

Après l’homélie, plusieurs fois applaudie par la foule réunie sur la place, notamment lors de l’allusion aux équipes d’aumônerie, la procession a repris pour rejoindre la cathédrale, pour le salut au Saint-Sacrement.

L’après-midi s’est achevée par un concert exceptionnel donné à l’orgue du triforium par Olivier Wyrwas, accompagné par deux trompettistes Jean-François Madeuf et Jean-Daniel Souchon.