Halte spirituelle avec la spiritualité du Prado

Samedi 14 décembre 2019, l’abbé Jean Corso, responsable diocésain du Prado a animé la halte spirituelle proposée par le Service de la Formation du diocèse à Scy-Chazelles, autour de la spiritualité du bienheureux père Antoine Chevrier. Synthèse de son apport en cette journée.

Les « frères et les sœurs » comme aimait les nommer le Père CHEVRIER, qui se sont regroupés autour de lui avaient la conviction de répondre à un appel, à une initiative de Dieu. Antoine CHEVRIER lui-même, était conscient, aux dires des gens, d’avoir reçu une grâce pour former une fraternité de catéchistes pour les plus démunis. Pour donner forme progressivement à sa famille, le fondateur du Prado buvait à la source de la Parole de Dieu et de l’expérience de la communauté primitive. Pour le père CHEVRIER, toute parole ou décision devait s’appuyer sur une parole ou un geste de l’Évangile.

Commentant la réponse de Jésus à sa mère, lorsque celle-ci réclamait une intervention de son Fils aux noces de Cana, le Père Chevrier écrit : « J’ai quitté la famille naturelle pour entrer dans une famille spirituelle. J’ai brisé ces liens charnels pour prendre des liens surnaturels ».

Il explicite ensuite son intuition de la famille dans laquelle il dit entrer et dont il est, en même temps, le promoteur, vu que son origine se trouve en Dieu :

  • «  Dieu est mon père,
  • «  L’Eglise est ma mère
  • «  Les enfants de Dieu mes frères et sœurs
  • «  Voilà ma famille » ( Dans le livre écrit par Antoine Chevrier, le Véritable Disciple. p. 150)

Dieu est mon Père

Comme nous le rappelle Saint Paul (Éph. 3,15) « Toute famille dans le ciel et sur la terre » tire son origine de la Paternité de Dieu.

La famille spirituelle, tout comme la communauté apostolique dont elle est un reflet, a son origine, son modèle et son but dans le mystère de communion et de mission qu’est notre Dieu. Elle est le fruit de la Pâque et le don de l’Esprit pour exister au milieu des hommes au service de la foi et de l’unité de l’humanité.

Personne ne peut en faire partie sans être appelé.

L’Église est ma mère

La famille spirituelle germe et croît dans la matrice ecclésiale. C’est dans le sein de la mère que l’Esprit dépose ses dons et charismes. Une famille spirituelle c’est tout autre chose qu’une secte ou un groupe de pression. C’est la manifestation de l’être et de la sollicitude de la mère mettant au monde de nouveaux disciples de Jésus-Christ, spécialement parmi les petits et les humiliés de notre terre.

Le père Chevrier a vécu avec sa mère qu’est l’Eglise,  une relation profondément filiale. Il éprouvait à son égard des sentiments qu’on éprouve envers une personne vivante. Il lui demeurait profondément reconnaissant, sans cesser pour autant de souffrir de son incompréhension. Pour lui, la mère n’est pas une pure institution dont on pourrait se passer. C’est par elle et d’elle qu’il a reçu l’Évangile de Dieu et la foi. C’est en elle et pour elle qu’il existe comme ministre de l’Évangile parmi les pauvres. Il souffre de la séparation entre la mère et ses enfants privilégiés, les pauvres.

Alors, Il cherche à établir une communauté d’hommes et de femmes décidés à partager la vie des plus éloignés pour leur apporter l’Évangile et former une communauté de disciples.

Les enfants de Dieu, mes frères et sœurs

Après la résurrection, Jésus appelle les siens « mes frères ». Reconnaître l’autre comme un cadeau du père, c’est l’accueillir avec gratitude et une totale gratuité. Je ne peux m’approprier ce qui lui appartient, ni en faire usage, ni le mettre à mon service. Nous sommes responsables les uns des autres et coresponsables de la mission qui nous a été confiée conjointement.

L’attention du Père Chevrier a été retenue par ces paroles du Maître : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui accomplit la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère » (Marc 3,31). La famille spirituelle ne se fonde pas sur la raison ni sur des convenances affectives et sociales. Le centre vital se situe dans la suite de l’Envoyé et dans l’écoute docile de sa Parole, pour contribuer à l’accomplissement du dessein de salut et de libération chez les déshérités de la terre.

La disponibilité et la liberté pour la mission apostolique : voilà la condition requise pour qui veut appartenir à la famille que le Père Chevrier a désirée et engendrée dans la douleur. Il s’opposait énergiquement aux raisonneurs et aux « leaders » car il savait d’expérience qu’il est plus facile de détruire que de construire. Sa fidélité à sa vocation l’a conduit à se consacrer à la formation d’hommes et de femmes, passionnés pour le Christ et l’annonce de l’Évangile.

La famille spirituelle n’est pas l’œuvre du désir humain, mais de l’Esprit Saint. Le père Chevrier dira : « Le Christ c’est tout ; l’Esprit Saint c’est tout » :  C’est cet Esprit qui répand en nos cœurs l’amour qui nous unit. C’est lui qui nous configure à Jésus-Christ et nous donne la passion de le faire connaître à ceux que le monde tient pour négligeables.

. À la lumière de cette conviction, on comprend mieux l’importance de ces paroles du fondateur du Prado :

     « Avoir l’Esprit de Dieu, c’est tout

«  C’est tout pour soi-même

«  C’est tout pour une communauté

«  C’est l’Esprit de Dieu qui forme l’unité dans une maison, qui met la fusion dans les esprits et les cœurs

«  qui fait que tous ne font qu’un» (V.D. p. 231)

Il est important qu’aujourd’hui les pauvres entendent l’évangile et puissent se nourrir de la Parole de Dieu, en la personne de Jésus-Christ. Nous sommes convaincus, à la suite du Bienheureux Antoine CHEVRIER, que PARMI LES PAUVRES, peuvent se lever et être formé des diacres, des prêtres pauvres, des laïques pauvres, pour l’évangélisation des pauvres. Parce que le Prado est un bien pour toute l’Eglise, à partager et à faire connaitre, aussi en direction des plus jeunes.

Mgr Lagleize disait, lors de la rencontre avec le responsable du Prado de Moselle, (moi-même) et le premier assistant du Prado de France, le père Robert PELOUX, en 2017: «  Ce que j’attends du Prado présent sur notre diocèse, c’est que ses membres fassent grandir aujourd’hui la fraternité entre les prêtres ». Effectivement le Prado est très sensible à la dimension de la fraternité, consécutive de la dimension de famille spirituelle pradosienne.

Ensuite notre évêque nous disait aussi « l’importance du Prado pour remettre, avec d’autres, sur le diocèse un accent particulier pour que l’action pastorale puisse être de vivre du Christ. A un moment où nos diocèses sont, par la force des choses,  engagés beaucoup dans des perspectives de restructurations. Et ces restructurations risquant parfois de nous faire oublier l’essentiel ; l’essentiel n’est pas de réussir une restructuration, mais qu’elle nous permette de vivre dans l’amitié de la personne du Christ et que l’évangile puisse renouveler nos vies ».

Et dernier point, Monseigneur Lagleize nous disait combien « il comptait sur les associations sacerdotales pour teinter la manière d’être, la manière de vivre, pour colorer l’action pastorale de son diocèse ».

Cette « Halte spirituelle de ce 14 décembre 2019 « Un chemin de conversion pour ce Temps de l’Avent, à l’école du Bienheureux Père CHEVRIER » se veut participer à cette attention à porter à la personne de Jésus-Christ dans notre action pastorale, pour que son Évangile puisse aussi et en priorité être partager avec les plus pauvres et les plus fragiles de nos sociétés et pour qu’ils puissent, eux-aussi s’en nourrir et devenir à leur tour des « disciples-missionnaires ».

Abbé Jean-Emile CORSO    Responsable diocésain des prêtres et des équipes-laïcs Prado                                                                                  Responsable de la « Première formation des prêtres » pour le Prado de France