« Les yeux et la peau » : formation des acteurs en pastorale des jeunes

Ce mardi 14 mai 2019, les acteurs de pastorale des jeunes se sont retrouvés pour aborder différentes thématiques qui intéressent et touchent les jeunes aujourd’hui : les jeux vidéos, séries, les tatouages, etc … Nous avions avec nous le Père Bertrand Monnier, du diocèse de Verdun, qui s’intéresse depuis longtemps à tous ces domaines.

Il a abordé dans la matinée le sujet des tatouages, puisqu’il effectue tout un travail sur ce sujet depuis plusieurs années déjà, le but n’étant pas de juger mais de mieux comprendre cet univers. Après des considérations plus pratiques, comme l’hygiène dans les salons, le Père a évoqué l’importance de la première phase du tatouage qui est celle du dialogue. En effet, il a mis l’accent sur ce que les tatouages disent de la personne, à la fois l’intimité et » l’extimité ». Le tatouage permet à chacun de s’exprimer d’une manière différente pour lui-même d’abord et aussi pour se rappeler de moments marquants, positifs ou négatifs, mais marquants. Dans un deuxième temps, l’histoire montre un héritage de 5000 ans, depuis l’âge tribal à nos jours. Le tatouage est alors utilisé comme un signe d’appartenance à une tribu, seuls les esclaves ne sont pas tatoués. Il marque l’existence sociale de la personne. pour les soldats, il est aussi considéré comme une protection, une armure. Il n’est pas question d’interdit chrétien avant Charlemagne durant l’âge impérial. On ne touche pas au corps, qui est sacré, mais surtout on pense politique : le principe de l’empire est de rassembler les tribus pour prôner l’unité donc on ne se différencie pas avec un tatouage. Il revient cependant depuis le 18ème siècle par le commerce et la marine, d’où il tire d’ailleurs sa mauvaise image (contrebandiers, pirates, tavernes…).  Aujourd’hui, après une mode rebelle au 20ème siècle, il exprime un nouveau mode d’expression, d’autres rites qui ne sont pas religieux. Ce nouveau type d’expression ne passe plus par le « logos » (la parole) mais plutôt par l’épiderme, le vivre. La Bible parle d’interdiction dans le livre du Lévitique de l’Ancien Testament, en énumérant également beaucoup d’autres interdits, comme par exemple porter un frange ou se raser les côtés de la barbe. Le Père a insisté sur la Parole qui sauve, le nouveau Testament et les autres textes n’évoquent pas les tatouages.

Après cette présentation, nous sommes passés à un temps de questions. Il n’existe pas de décalage entre l’univers des tatouages et l’Eglise, plutôt une méconnaissance. Le Père a même fait un parallèle entre le temps de préparation d’un sacrement et du tatouage, dans une dimension presque thérapeutique, qui nécessite l’écoute attentive de celui qui va réaliser. Nous avons également évoqué les piercings qui ont une signification tout à fait différente, simplement décorative car on peut l’enlever. En déviant toujours sur des sujets contemporains, nous avons évoqué dès le matin les jeux de vidéo, les séries et films qui sont de bon supports de catéchèse, du 21ème siècle. Les jeunes que nous rencontrons aujourd’hui n’ont pas connu le 20ème siècle, ce qui parfois, creuse un fossé entre ce que nous voulons leur transmettre d’une certaine façon, qu’ils pourraient mieux comprendre d’une autre. Le monde est aujourd’hui un paradoxe : le monde est peu cultivé et pourtant nous n’avons jamais eu autant accès à la culture, beaucoup se sentent seuls alors qu’il n’a jamais été aussi facile de communiquer à travers le monde.

L’après-midi, nous nous sommes répartis en plusieurs ateliers, en faisant tout d’abord un état des lieux de la « diffraction » (ou division) du 20ème et du 21ème siècle, d’une société passée du réel ou virtuel, de la logique au paradoxe, du réfléchi à l’épidermique. Chaque groupe a réfléchi sur une thématique : télévision, jeux vidéos, internet, séries et applications, en disant ce que nous savions sur celles-ci, pourquoi ont-il eu du succès, et qu’est-ce que ces supports disent de l’Église aujourd’hui. Dépassé ou pas, ils ont tous des atouts et des inconvénients, certains permettent le développement de la personne, d’autres sont seulement des moyen de consommation. L’Église a tout de même une visibilité, parfois même moindre, mais a besoin de suivre cette accélération du monde, tout comme nous en pastorale.

La pastorale des jeunes doit écouter les besoins des jeunes. Elle doit être épidermique, métamorphe et ludique, c’est-à-dire avoir une certaine authenticité et intensité, tout en prenant différentes formes de manière ludique afin de s’adapter à son public qui vit les choses, plus que ne les réfléchit.

Aurélie Durand