Homélie de Mgr Jean-Christophe Lagleize pour l’ordination épiscopale de Mgr Vuillemin

Dans l’homélie prononcée par Mgr Jean-Christophe Lagleize pour l’ordination de Mgr Jean-Pierre Vuillemin, l’évêque de Metz a développé les trois dons que l’Esprit Saint donne à tout homme appelé à ce service de l’épiscopat : la persévérance, la communion et l’intercession.

Ouvrant son homélie sur le verbe « recevoir » qui intervient de nombreuses fois dans la liturgie d’ordination d’un évêque, Mgr Jean-Christophe Lagleize a évoqué l’appel à l’épiscopat qui saisit par surprise, comme pour Moïse ou les apôtres au bord du lac. « Chacun de nous frères et soeurs, sommes le fruit d’une histoire. Un évêque n’est jamais un OVNI, il a une famille, des amis, a été nourri par un territoire, un diocèse. Il demeure d’abord un baptisé, un diacre, un prêtre, un disciple du Christ. »

Cependant l’évêque est porteur d’une mission nouvelle, comme le redit le pape François dans sa récente exhortation apostolique la joie de l’évangile n°31 : « L’évêque doit toujours favoriser la communion missionnaire dans son Eglise diocésaine… » Pour la vivre, le ministère épiscopal se fonde sur l’accueil de l’Esprit Saint qui nous donne la persévérance, la communion et l’intercession.

Homélie de Mgr Jean-Christophe Lagleize

Recevoir : Cette action se trouve au cœur de l’ordination épiscopale de Jean-Pierre Vuillemin :

« Vous devez avoir reçu du Siège apostolique »

Dans le verset précédent l’Evangile que nous venons d’entendre, Jésus reçoit le livre des prophètes dans la synagogue de Nazareth.

« Recevez l’Evangile »

« Recevez cet anneau »

« Recevez la mitre »

« Recevez le bâton de pasteur »

Cela signifie que nul ne se fait évêque par lui-même ou par intrigue, mais en raison d’un appel : l’appel de Dieu, l’appel de l’Eglise, l’appel du peuple de Dieu.

Pour vous Jean-Pierre, comme pour chacun de nous, frères évêques, cet appel vient nous saisir par surprise, comme pour tant de personnes de la Bible et de l’histoire de l’Eglise. Comme Moïse au buisson ardent, la Vierge Marie à Nazareth, ou les apôtres au bord du lac…. Et pour vous ce fut à Epinal alors que vous étiez curé-doyen de la communauté de paroisses Saint Goëry. Face à cet appel, Saint François de Sales nous dit de : « ne rien demander, ne rien refuser. »

Chacun de nous, frères et sœurs, sommes le fruit d’une histoire, marqués par des événements heureux ou douloureux. Un évêque n’est jamais un « O.V.N.I. », il a une famille, des amis, il a été nourri par un territoire, un diocèse.

L’évêque est et demeure d’abord un baptisé, un diacre, un prêtre. L’évêque demeure disciple de Jésus avec tous les autres disciples. Saint Augustin le résume ainsi : « avec vous je suis chrétien, pour vous je suis l’évêque ». Par l’ordination épiscopale ce frère baptisé, ce prêtre reçoit une mission nouvelle, une charge pour le Peuple de Dieu.

Cette place particulière le Pape François la définit dans l’Exhortation apostolique, La joie de l’Evangile :  « L’évêque doit toujours favoriser la communion missionnaire dans son Eglise diocésaine… Par conséquent, parfois il se mettra devant pour indiquer la route et soutenir l’espérance du peuple, d’autre fois il sera simplement au milieu de tous dans une proximité simple et miséricordieuse et en certaines circonstances, il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et –surtout- parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins. » n° 31

Jean-Pierre, vous entrez dans le Collège apostolique, vous entrez dans la succession apostolique c’est-à-dire cette communion ininterrompue qui nous relie aux apôtres du Christ.

Evêques, nous avons pour mission de conserver cette communion catholique, unis au successeur de l’apôtre Pierre, pour le service de l’ensemble des fidèles du Christ.

Frères et sœurs, pour votre service et avec vous, le ministère épiscopal se fonde d’abord sur l’accueil de l’Esprit Saint qui nous donne la persévérance, la communion et l’intercession.

La persévérance.

Persévérant, vous le serez cher frère, et nous le serons en puisant notre force dans l’accueil de l’Esprit Saint, dans la « rumination » de la Parole de Dieu, dans les sacrements reçus et célébrés.

Persévérants, nous les évêques, nous le sommes dans la collaboration avec nos premiers collaborateurs que sont les prêtres, avec tout le Peuple de Dieu si beau et si divers et avec les hommes et les femmes de bonne volonté qui sont éloignés de l’Eglise ou sans appartenance religieuse.

La persévérance, la fidélité, vous la vivrez en vous émerveillant de l’action du Christ-Jésus se réalisant par une multitude de personnes -et souvent chez des personnes qui ne se mettent pas en avant.

Persévérant, vous le serez, comme un veilleur, tel Jérémie à qui le Seigneur dit : « je fais de toi un Prophète pour les Nations ». 1,5. Le veilleur guette les rayons qui annoncent l’aurore et qui réalisent les promesses de Dieu à l’humanité : « Le royaume de Dieu est tout proche : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » Mc 1, 15

La communion

L’Esprit Saint nous conforte pour le service de la communion :

L’un des signes visibles de notre service de la communion est le bâton du pasteur. Au cours de cette liturgie quand je vous remettrai le bâton pastoral –la crosse- je vous dirai : « Recevez le bâton de pasteur, signe de votre charge : Prenez soin de tout le troupeau du Seigneur, dans lequel l’Esprit Saint vous a établi comme évêque pour gouverner l’Eglise de Dieu. »

La communion, symbole de l’unité de l’Eglise, et plus largement l’unité de toute l’humanité, doit être notre préoccupation permanente.

Evêques, nous avons à user nos forces, notre énergie pour accueillir largement, favoriser la croissance vers le bien et la justice pour chaque personne en tenant compte de ce que chacun peut faire.

Souvenons-nous de la réponse de Jacob à son frère Esaü, qui l’invitait à faire route avec lui :

«Tu sais que les enfants sont délicats et que je dois penser aux brebis qui allaitent, si on les surmène un seul jour tout le bétail va mourir. Que mon seigneur parte en avant, pour moi, je cheminerai doucement au pas du troupeau que j’ai devant moi et au pas des enfants. » Gn 33,13-14

Ceci est une invitation, à la marche, à l’action, au courage.

La communion, l’évêque en est le signe, pour dire et redire que l’Eglise diocésaine ne se suffit pas à elle-même. L’évêque ouvre l’Eglise dont il reçoit la charge à l’Eglise du Christ qui est catholique, universelle.

Jean-Pierre, l’Eglise, par le Saint Père, vous envoie au service de l’Eglise qui est en Moselle, comme « compagnon » (bulle papale) pour m’aider dans ma charge pastorale. Ensemble nous serons vous et moi le signe en notre diocèse que l’Eglise est plus vaste, plus féconde, plus fidèle à la mission du Christ que dans les seuls contours de la Moselle.

L’un comme l’autre, nous avons servi dans différents diocèses. Vous : dans celui de Saint Dié, et aussi en Corée et à Paris ; pour moi : dans les diocèses de Bourges et de Valence.

Notre diocèse de Metz est riche de son expérience depuis sa fondation par saint Clément au IIIe siècle, et nous sommes tous les deux au service de l’Eglise qui est en Moselle, riches de nos expériences personnelles.

Recevoir le service de la communion, c’est demander et recevoir la grâce du discernement pour définir des priorités pour la mission. Nous tirons toujours profit à méditer la Règle pastorale de saint Grégoire le Grand dans laquelle nous lisons : « Mon fils, ne t’occupe pas de beaucoup d’affaires, car on ne peut se concentrer pleinement pour mener méthodiquement chacune, quand l’âme se partage entre plusieurs. » 1,4 Ou encore : « Que dans les temps de crises, il faut retenir et peser attentivement toutes ses paroles. » Saint Grégoire le Grand

L’intercession

Enfin l’Esprit Saint nous institue intercesseurs.

Dans la prière d’ordination nous demanderons pour vous à Dieu : « Qu’il s’emploie sans relâche à intercéder auprès de toi et à te présenter l’offrande de ton Eglise. »

Chacun de nous, frères et sœurs, est invité à mettre la prière au cœur de son existence.  La prière n’est jamais purement personnelle, elle jaillit dans le nous des fils et filles de Dieu. Nous ne disons pas « Mon Père » mais « Notre Père ».

Devenir évêque élargit tout à coup notre prière à la dimension de notre diocèse, de toute l’Eglise, de toute l’humanité. Notre cœur, notre prière s’élargissent en des dimensions insoupçonnées nourries par les rencontres, les confidences, les célébrations.

Notre anneau pastoral nous rappelle que nous sommes liés aux hommes et aux femmes qui nous sont confiés, avec une attention pour ceux qui connaissent la précarité, la souffrance, l’exclusion. Paul vient de nous le rappeler dans la lettre aux Corinthiens « s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien » I Co 13, 3.

Dans la prière nous entendons le même appel que Jésus aux apôtres : « Avance au large ! ». Nous devons aller vers des rivages parfois inconnus avec nos frères prêtres afin de faire retentir l’Evangile du Christ au plus grand nombre pour que rayonnent le service de la diaconie dont nos frères diacres demeurent le signe, et le service de la gratuité du don de Dieu dont les personnes consacrées sont les révélateurs.

Par la prière et les célébrations liturgiques, Jean-Pierre, vous serez heureux d’être chrétien avec les chrétiens et comme évêque avec les prêtres d’être signe et présence du Christ Bon Pasteur avec son peuple.

Pour conclure, puissions-nous faire nôtre cette prière du bienheureux John-Henry Newman (In Méditations on Christian Doctrine) :

« Seigneur Jésus,

Inonde-moi de Ton Esprit et de Ta vie.

Prends possession de tout mon être

Pour que ma vie ne soit qu’un reflet de la Tienne.

Rayonne à travers moi, habite en moi,

Et tous ceux que je rencontrerai

Pourront sentir Ta présence auprès de moi.

En me regardant, ils ne verront que Toi seul,

Seigneur !

Demeure en moi

Et alors je pourrai, comme Toi, rayonner,

Au point d’être à mon tour

Une lumière pour les autres,

Lumière qui émanera complètement de toi.

C’est Toi qui, à travers moi, illuminera les autres.

Aussi ma vie deviendra une louange à Ta gloire,

La louange que tu préfères,

En Te faisant rayonner sur ceux qui nous entourent.

Par la plénitude éclatante de l’amour

Que te porte mon cœur. »

Amen

+Jean-Christophe Lagleize

Evêque de Metz

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