Homélie de Mgr Lagleize pour la messe chrismale 2018

Homélie de la messe chrismale

Dieu tout Puissant, Toi qui as consacré ton Fils unique par l’Esprit Saint et qui l’as établi, Christ et Seigneur, nous te prions : Puisque tu nous as consacrés en lui, fais que nous soyons pour le monde les témoins d’un Évangile de salut.

Frères et sœurs, telle est l’oraison que la liturgie nous fait prier pour la messe chrismale.

Pour être fidèles à la mission reçue, par notre baptême, nous avons la responsabilité de promouvoir un service fiable pour l’évangélisation. C’est pourquoi, j’engage notre diocèse dans une dynamique missionnaire afin de :

  • Mieux servir le Christ et sa mission dans le monde, et son Église dans le contexte actuel.
  • Favoriser une plus grande charité fraternelle entre les différents acteurs pastoraux.
  • Développer une communion des charismes au service d’un élan missionnaire.
  • Intégrer la dynamique d’évangélisation dans tous les domaines de la vie pastorale.
  • Instaurer une réelle collaboration de travail et de réflexion avec les services diocésains pour la mise en œuvre des orientations épiscopales.

Cet élan missionnaire à accueillir de la part du Seigneur, ne pourra porter des fruits que si nous consentons à mettre au cœur de notre vie, de notre apostolat, la charité pastorale.

Nous pourrions nous demander : qu’est-ce que la charité pastorale ? M’inspirant de Gustavo Becker, un auteur espagnol du XIXème siècle, imaginons ce dialogue fictif : « Jésus te demande : « Qu’est-ce que la charité pastorale ? » et toi de répondre : « C’est toi Jésus qui me demande ce qu’est la charité pastorale ? La charité pastorale… c’est Toi » ».

D’ailleurs, saint Jean-Paul II l’explicite dans l’exhortation Pastores dabo vobis, n° 23 :

« Le principe intérieur, la vertu qui anime et guide la vie spirituelle du prêtre, en tant que configuré au Christ Tête et Pasteur, est la charité pastorale, participation à la charité pastorale du Christ-Jésus….

Cette attitude est la vertu par laquelle nous imitons le Christ dans son don de soi et dans son service. Ce n’est pas seulement ce que nous faisons, mais c’est le don de nous-même qui manifeste l’amour du Christ pour son troupeau. La charité pastorale détermine notre façon de penser et d’agir, notre mode de relation avec les gens ».

 Comme le rappelle le concile Vatican II, la charité pastorale demande au prêtre et exige qu’il soit en rapport personnel avec le presbyterium en dépendance de l’évêque et avec lui, tout comme l’évêque doit être en rapport personnel avec le collège épiscopal en communion avec le successeur de Pierre.

« La charité pastorale exige des prêtres, s’ils ne veulent pas courir pour rien, un travail vécu en communion permanente avec les évêques et les autres frères dans le sacerdoce » (PO 14).

Le père Georges Augustin, dans un ouvrage paru en octobre dernier, Appelés à la joie. Oser être prêtre, parle de « pastorale coopérative ».

J’ai envie d’inverser le terme pour parler de « coopérative pastorale ». Une coopérative, ce sont des compétences qui se lient entre elles afin de permettre un meilleur service auprès des adhérents et des acquéreurs.

Pour nous, prêtres et fidèles du Christ, cette coopérative pastorale se construit par l’échange quotidien avec tant de frères et sœurs qui nous édifient par leur sensus fidei, leur amour pour le Christ et leur engagement auprès des personnes souffrantes. Et lorsque nous vivons cette réalité, nous ne perdons rien, au contraire, la communion entre les personnes, la louange et l’intercession, la charité et la joie de l’Évangile se multiplient.

Cette coopérative pastorale doit nous permettre de mesurer à sa juste valeur le bonheur qui nous est donné d’être les témoins de la vie ordinaire des gens ordinaires (cf. Madeleine Delbrêl, pour ceux d’entre nous qui ont participé à la retraite à Cîteaux en janvier dernier).

Rappelons-nous bien que, pour être ajustés à ce regard bienveillant demandé aux pasteurs que nous sommes, il est nécessaire de cultiver les vertus suivantes : l’humilité, une singulière simplicité, une ardente charité.

La charité pastorale nous impose de proposer aux fidèles du Christ l’idéal complet de l’Évangile et du Magistère de l’Église tout en manifestant la compassion avec les personnes blessées, fragilisées et ce en évitant de les juger durement ou impatiemment.

Jésus attend de nous que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous tenir à distance des drames humains, afin d’entrer en contact avec l’existence concrète de nos frères et sœurs.

Permettez que je cite François de Sales ; alors qu’il lui était reproché sa douceur pour les pénitents, il répondit : « Je préfère qu’ils aillent au purgatoire pour avoir été trop bon avec eux, plutôt qu’en enfer parce que j’aurais été trop sévère. » Et saint Jean-Paul II affirmait que la probabilité d’une nouvelle chute, ne nuit pas à l’authenticité de la résolution de se convertir.

La charité pastorale nous engage dans la cohérence, car souvent nous avons deux mesures : une souple pour nous-mêmes et une dure pour le prochain, et je cite à nouveau François de Sales :

« Philotée, soyez égale et juste en vos actions : mettez-vous toujours en la place du prochain, et mettez-le en la vôtre et ainsi vous jugerez bien ! rendez-vous vendeuse en achetant et acheteuse en vendant et vous vendrez et achèterez justement » (IVD).

Pour conclure, je puise dans ce document fondamental qu’est l’exhortation du bienheureux Paul VI, Annoncer l’Évangile aux hommes de notre temps, ce document primordial qui doit sous-tendre toute notre activité missionnaire.

Le Seigneur attend de chaque prédicateur de l’Évangile, de chaque bâtisseur d’Église, une affection, un amour envers celles et ceux qui l’entourent.

Ce signe d’amour sera le souci de transmettre la vérité de la foi et d’introduire dans l’unité de l’Église.

Ce signe d’amour implique de se dévouer sans réserve ni retour à l’annonce de Jésus Christ.

Ce signe d’amour signifie aussi de respecter la situation religieuse et spirituelle de chacun, mais aussi d’avoir une certaine délicatesse selon le cheminement et les convictions des personnes rencontrées.

Ce signe d’amour a le souci de ne pas blesser l’autre, surtout s’il est faible dans sa foi, avec des affirmations qui peuvent être claires pour les initiés, mais qui pour les fidèles peuvent être source de perturbation et de scandale, comme une blessure dans l’âme.

Les fidèles du Christ ont droit à ces signes en tant qu’enfants de Dieu, qui entre ses bras, s’abandonnent entièrement aux exigences de l’amour (cf. n° 79).

Frères et sœurs bien-aimés, que ces saintes huiles, que les sacrements de l’Église demeurent notre force pour témoigner notre joie d’avoir revêtu le Christ, notre espérance, la source de notre charité.

Amen.

+ Jean-Christophe Lagleize

Évêque de Metz