Homélie de Mgr Lagleize pour la messe chrismale 2017

Homélie de Mgr Lagleize lors de la messe chrismale 2017.

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Quand nous avons été oints avec le saint Chrême au jour de notre baptême, il a été rappelé que nous étions : prêtre, prophète et roi. Ces trois fonctions qui se déclinent comme : célébrer, annoncer, servir, nous avons à les vivre dans tous les aspects de notre vie, dans le quotidien de nos vies. Comme je le rappelle dans mon message de Carême, nous vivons ce temps privilégié qu’est le Triduum pascal en période électorale. Alors, il est sans doute bon de resituer l’exercice de notre mission baptismale au service du bien commun.

Chrétiens, nous savons que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde et nous savons également que Dieu vient dans ce monde. Ces fêtes pascales sont par excellence le mémorial de cette présence de Dieu en ce monde. Etre prophète, dans la société d’aujourd’hui signifie pour chacun d’entre nous annoncer l’Espérance de Jésus-Christ. Les chrétiens, tournés vers le Salut et la réconciliation totale en Jésus Christ, ont une analyse singulière du présent, et sont capables de déjouer les illusions et de s’ouvrir vers l’avenir : « leur espérance chrétienne travaille à la construction d’un monde de justice et de paix au service du bien commun » (confère Robert Scholtus, Église de Metz, n° 12, p. 24-25).

Ainsi pour les chrétiens, leur espérance et leur foi constituent un guide, un élan pour notre société qui en a bien besoin !

Chrétiens, nous sommes vivement appelés à nous engager à la construction de notre société, cet engagement est inscrit dans le texte Gaudium et Spes du Concile Vatican II au n°31 : « on peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer ».

D’autre part, nous prêtres participant par notre ordination au ministère du Christ, nous collaborons à sa mission prophétique.

Saint Jean-Paul II, dans son Exhortation apostolique Ecclesia in Europa de 2003 écrivait :« Insérés dans le monde sans être du monde (cf. Jn 17, 15-16), les prêtres sont appelés, dans la situation culturelle et spirituelle présente du continent européen, à être signes de contradiction et d’espérance pour une société qui est malade de vivre à un niveau horizontal et qui a besoin de s’ouvrir au Transcendant » (n° 34).

Et, ensemble, prêtres, et diacres, nous avons la responsabilité particulière de promouvoir et soutenir l’engagement des fidèles du Christ au service de la société. Cette responsabilité est évoquée par Jésus : « porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur… » (Is 61, 1-2)

 Il est bon de nous rappeler ce que le Concile Vatican II écrit dans le décret pour l’apostolat des laïcs, n°7 Le renouvellement chrétien de l’ordre temporel :

« C’est le travail de toute l’Église de rendre les hommes capables de bien construire l’ordre temporel et de l’orienter vers Dieu par le Christ. Il revient aux pasteurs d’énoncer clairement les principes concernant la fin de la création et l’usage du monde et d’apporter une aide morale et spirituelle pour que les réalités temporelles soient renouvelées dans le Christ.

Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l’ordre temporel. Éclairés par la lumière de l’Évangile, conduits par l’esprit de l’Église, entraînés par la charité chrétienne, ils doivent en ce domaine agir par eux-mêmes d’une manière bien déterminée.

Membres de la cité, ils ont à coopérer avec les autres citoyens suivant leur compétence particulière en assumant leur propre responsabilité et à chercher partout et en tout la justice du Royaume de Dieu.

L’ordre temporel est à renouveler de telle manière que, dans le respect de ses lois propres et en conformité avec elles, il devienne plus conforme aux principes supérieurs de la vie chrétienne et soit adapté aux conditions diverses des lieux, des temps et des peuples.

Parmi les tâches de cet apostolat l’action sociale chrétienne a un rôle éminent à jouer. Le Concile désire le voir s’étendre aujourd’hui à tout le secteur temporel sans oublier le plan culturel ».

Ce soutien que nous devons aux fidèles du Christ participe à la mission que l’Église nous confie pour le bien de tous. Il convient de remarquer et d’apprécier l’implication de nombreux laïcs dans notre diocèse qui sans coup d’éclat annoncent cette bonne nouvelle dans leurs divers lieux de vie. Qu’ils en soient remerciés !

Notre devoir est de les accompagner spirituellement et de leur faire découvrir la beauté de la doctrine sociale de l’Eglise afin que la beauté de leur engagement soit vécue comme un authentique chemin de sainteté.

Notre diocèse peut rendre grâce à Dieu d’avoir parmi les siens, l’un de ses baptisés, confirmés qui a osé s’engager pour le service du bien commun : le Serviteur de Dieu Robert Schuman.

Pour Robert Schuman, « l’engagement politique résulte d’une assimilation de cet amour de Dieu, qui permet à l’homme de passer à travers la construction de la cité terrestre à la construction de la cité de Dieu. La politique dans son acceptation la plus noble, est une question métaphysique, le lieu où se concrétise l’amour de Dieu dans l’amour du bien commun, qui embrasse non seulement le prochain le plus proche, mais tous ceux et celles qui partagent notre condition » (Mgr Ardura, 6.09.2013, Journées – Metz).

 Aujourd’hui, des baptisés nombreux s’engagent dans des mouvements, comme en témoignent notre rassemblement de l’apostolat des laïcs le 18 mars dernier à l’Institution de La Salle ; des groupes de réflexion d’élus existent dans le diocèse.

Le 30 septembre dernier, j’exprimais le désir que notre Caritas diocésaine puisse dans les temps prochains porter une attention à cette dimension de la vie des baptisés. Pourtant déjà, il y a des réalisations notables :

-Le Carême à domicile, en 2015, a permis à de nombreux groupes de travailler la pensée sociale de l’Eglise.

-Le Jubilé pour les élus le 22 juin dernier a été apprécié par la centaine d’élus qui étaient présents, et certains demandent une suite.

-la lettre aux élus rédigée par le Conseil presbytéral en juin dernier a permis à bon nombre d’entre vous de rencontrer les maires de vos communautés de paroisse.

-Sans omettre les consultations des parlementaires d’Alsace Moselle par l’archevêque de Strasbourg et moi-même à propos de la remise en cause de l’heure d’enseignement religieux inclus dans le temps scolaire.

Par ces propositions et actions, nous servons la mission baptismale de celles et ceux qui s’engagent. Et de tous ceux qui en cette période électorale souhaitent exercer avec lucidité leur devoir de citoyen, nous rappelant la citation du Bienheureux Paul VI : « La politique est la plus haute forme de la charité »

Frères et sœurs, fidèles du Christ, ces saintes huiles sont la force et la joie du peuple de Dieu, elles nous signifient que toutes celles et ceux qui en sont oints, quels que soient leur condition, l’état de leur santé, participent à la mission du Christ, sont fortifiés par la puissance de l’Esprit Saint pour rendre gloire à Dieu le Père. Amen.

 

+ Jean-Christophe LAGLEIZE, Évêque de Metz