Historique de la construction de l’église de Saint Pierre-aux-Liens

(Article publié avec l’aimable autorisation de son auteur, M. Jean-Louis JOLIN, architecte.)

Loin de la ville de Metz, séparé de Moulins-lès-Metz par la vallée de la Moselle avec ses sablières et le canal de Jouy, le secteur a longtemps été occupé par les champs des fermes de Constantine et d’Alger. Cette dernière a d’ailleurs donné son nom au quartier. Avant guerre n’existaient que quelques maisons le long de la route de Jouy (RN 57) puis une rue perpendiculaire (rue de Constantine) mais un plan d’urbanisme projetait déjà l’aménagement du quartier.

      Dès 1945 des maisons individuelles et des immeubles collectifs sont édifiés et, deux ans plus tard, on envisage la construction d’une église. Le chanoine Zimmermann, curé de Saint-Joseph à Montigny, paroisse dont dépend le nouveau quartier, envisage d’abord d’utiliser des anciens dépôts du tramway le long de la route de Jouy. Puis il pense acheter un baraquement en briques.

      C’est le jeune vicaire Théophile Louis, attaché à la paroisse en création, qui propose la construction d’un édifice représentatif de la foi du quartier. Pour ce faire il met à contribution l’œuvre Notre­Dame-de-Metz, créée depuis peu par Mgr Heintz, évêque du diocèse, en vue de la création de nouvelles églises, pour acquérir un terrain auprès des Hospices civils de la ville de Metz.

      Afin de recueillir des fonds, une grand-messe est célébrée en plein air sur ce terrain en 1948, 1949 et 1950, le premier dimanche d’août, jour de la fête du quartier. De même, pendant dix ans, les kermesses de Saint-Joseph sont organisées au profit de la future église d’Alger.

      Robert Ochs, architecte messin, est pressenti pour concevoir le nouvel édifice. Le programme qui lui est donné est sommaire : l’église doit comporter  » une toiture assez simple, un déambulatoire, un baptistère indépendant et un espace pour la Bonne Presse « .

       En septembre 1950, l’abbé Louis profite du fait que le chantier qui reconstruit un pont SNCF tout proche lui propose d’utiliser une pelle excavatrice pendant un jour, pour lui faire exécuter non seulement les tranchées pour les fondations de l’édifice, mais une excavation suffisante pour un sous-sol qui n’était pas prévu. L’impact psychologique sur la population du jeune quartier est immédiat : d’innombrables bénévoles accourent avec pelles, pioches et brouettes pour participer aux travaux.

      Une crypte est donc ajoutée au projet et, dès novembre, l’entreprise Hoeffel coule le béton des fondations. Des pierres blanches de Servigny sont récupérées au pont détruit sur la Nied à Courcelles-Chaussy et remises en forme par M. Dominici, tailleur de pierre. Des entreprises et des artisans locaux travaillent activement ; des vitraux dessinés par Théophile Louis sont installés par M. Simminger. Une statue de l’Assomption en tilleul polychrome, œuvre de Lambert Rucki, est même offerte par une famille du quartier.

      Terminée en six mois, la crypte est bénie en l’honneur de Notre-Dame-de-l’Assomption par l’abbé Marcel Leroy, curé de Saint-Joseph, qui y célèbre la première messe le 21 mai 1951. Lieu de culte définitif elle sert pendant sept ans pour tous les offices paroissiaux. Ce n’est qu’en 1954 que Mgr Heintz en consacre l’autel majeur.

      La construction de l’église proprement dite est beaucoup plus lente : le projet est assez grandiose pour un quartier neuf avec des paroissiens aux moyens financiers limités, mais l’enthousiasme est grand. L’architecte et le vicaire souhaitaient un édifice en pierre de taille, signe distinctif d’un bâtiment officiel et gage d’une pérennité assurée. La pierre de Jaumont est achetée à bon compte : elle provient de bâtiments détruits pendant la guerre et dont le ministère de la Reconstruction disait n’avoir pas l’usage : écuries militaires de Metz-Sainte-Barbe, musée de la porte des Allemands, gare d’Amanvillers et église de Féy. Toujours retaillée par M. Dominici et un compagnon, elle est mise en œuvre par l’entreprise Tosi.

      En 1952, l’abside et le chœur sont construits. Deux ans plus tard sont bâtis la nef et le clocher pendant que l’on réunit les deux tonnes de bronze nécessaires pour les cloches Pierre et Marie qui sont bénies par l’évêque le 7 septembre 1956. L’année suivante, les hommes du quartier peignent, sur des plaques d’isorel, les motifs du plafond à caissons dessinés par Dom Eloi Devaux, moine bénédictin de La Pierre-qui-Vire.

      Après la finition du maître-autel par le sculpteur Marc Hénard, loin d’être achevée, l’église est bénie le 25 mars 1958 par Mgr Louis, et livrée au culte. Le dallage est posé l’année suivante et le volume clos par des vitrages provisoires. Les 24 et 25 septembre 1960 l’évêque Paul-Joseph Schmitt consacre officiellement l’église et l’autel Saint-Louis dans la chapelle absidiale du Saint-Sacrement, en présence de paroissiens innombrables et des autorités.

      L’orgue de la tribune est installé en 1961 par le facteur Jacquot-Laverne. Les vitraux sont posés en 1965 et 1967. Pendant toutes ces années, les paroissiens s’activent efficacement. Les uns aménagent les locaux du sous-sol, d’autres remblaient le terrain sur plus d’un mètre de hauteur autour de l’église. Même les enfants y participent. Les dons sont innombrables, fort importants parfois. C’est ainsi que Mme Louis Billant, cousine du chanoine Zimmermann, participe largement à la dépense et paye le grand orgue, en souvenir de son mari mort en déportation.

      Cet orgue est complété et modifié en 1968 par Haerpfer-Erman, mais, fragile, il donne des signes de faiblesse. Une révision en 1986 ne le prolonge que de quelques années, si bien que le maire de Moulins lance, en novembre 1994, un appel d’offre pour un nouvel instrument à disposer au fond du chœur. Sur les six offres présentées est retenue celle d’Alfred Wild. Après neuf mois de construction, l’instrument est mis en place le 11 décembre 1996 et inauguré trois mois plus tard. Pendant ce temps la toiture et le chauffage sont remplacés et la nef est repeinte.

La paroisse

       Après la construction du groupe scolaire de Moulins-Alger, vers 1935, la paroisse Saint-Joseph de Montigny a assuré les heures de catéchisme pour les enfants de ce quartier de Moulins-Lès-Metz, qui ne comptait que trois rues : la route de Jouy et les rues de Constantine et, après la guerre, de Chaponost. Un plan d’urbanisme d’avant-guerre prévoyait déjà l’agrandissement du quartier entre le canal et la route de Jouy et une artère principale nouvelle devait passer derrière l’école depuis la rue de Constantine jusqu’au Haut-Rhèle. On commença à parler d’une église en 1947. Le curé de  Montigny d’alors, le chanoine Zimmermann pensa un moment utiliser l’ancien dépôt des tramways (aujourd’hui But) puis acquérir à, bon compte un baraquement en briques… Finalement, une construction nouvelle fut envisagée sur les trois terrains de culture à côté de l’école. Par un échange avec les Hospices civils de la ville de Metz, la paroisse en fit l’acquisition au nom de l’Œuvre de Notre-Dame de Metz, que Mgr Heintz venait de créer pour la construction d’églises nouvelles.

      En 1948, 1949 et 1950, le jour de la fête du quartier, le premier dimanche d’août, la messe fut célébrée en plein air, sur le terrain de la future église. Pendant une dizaine d’années, les kermesses de Saint-Joseph furent organisées au profit de la future église d’Alger, comme on disait alors. Les habitants du quartier y furent toujours associés activement. L’architecte Robert Ochs fut chargé d’élaborer un plan qui devait comporter « une toiture assez simple, un déambulatoire, un baptistère indépendant et un espace pour la Bonne Presse ». Avec ces désidératas du curé, l’abbé Louis, vicaire de Saint-Joseph, chargé de la construction, fit débuter les travaux presqu’à l’improviste et tout autrement que ne le prévoyait le plan.

      En septembre 1950, les travaux de reconstruction du pont S.N.C.F. vers le dépôt s’achevaient. Le chef de chantier s’offrit avec un énorme engin de travailler un jour sur le terrain de l’église pour creuser les fondations futures. L’occasion était bonne pour un démarrage matériel mais surtout psychologique. Un grand trou fut creusé pour un éventuel sous-sol. Ce fut le signal du miracle. Sur un simple appel, les gens du quartier sont venus avec pelles et pioches et brouettes pour «travailler» à l’église. Hommes, femmes, enfants, pratiquants ou non firent preuve d’une disponibilité, d’un enthousiasme et d’une ferveur qui ne se démentirent jamais par la suite.

      Le trou devint finalement l’amorce d’une crypte d’une centaine de places. L’entreprise Hoeffel, de la rue de Reims, coula le premier béton en novembre 1950, le tailleur de pierres Dominici apprêta les pierres de Servigny provenant du pont de la Nied de Courcelles Chaussy, M. Wagner, électricien du quartier posa les canalisations électriques, M. Louis, ébéniste du quartier fit une porte, M. Weiss, serrurier, les clous forgés, les donateurs offrirent les petits vitraux exécutés chez Simminger, de Montigny, M. Maringer, de Saint-Joseph fit le tabernacle, un vieil abreuvoir de Lorry-Mardigny donna la table d’autel, et le 3 mai 1951, Mgr Heintz est venu poser la première pierre, visible dans l’église haute. Le 21 mai 1951, l’abbé Leroy, le nouveau curé de Saint-Joseph, bénit la crypte en l’honneur de Notre-Dame de l’Assomption et y célébra la première messe. La statue de l’Assomption, en tilleul polychrome, est l’œuvre du sculpteur Lambert Rucki et le don d’une famille du quartier.

      La crypte avait cet avantage d’être un lieu de culte définitif et immédiat. Elle servit pendant six ans à tous les offices paroissiaux. Le 31 octobre 1954, en la fête du Christ-Roi, Mgr Heintz en a consacré solennellement l’autel majeur. La construction se poursuivra lentement au-dessus de la crypte : l’abside et le chœur étaient debout en 1952.

      Malgré la grande bonne volonté des habitants du quartier, l’argent ne coulait pas à flot… et déjà l’on craignait les hausses successives! Les paroissiens de Saint-Joseph, en portant mensuellement leurs prêts à notre dévoué trésorier pour Notre-Dame de Metz, ont permis la continuation des travaux. Il fallait faire solide et durable et aux moindres frais… C’est la raison pour laquelle on employa la pierre de taille qui coûte naturel­lement plus cher sur le moment, mais n’exige plus de dépense plus tard. Et puis, c’est ‘un matériau plus agréa­ble… L’achat des pierres de taille ne nous a coûté qu’une bouchée de pain. Le M.R.U. n’en avait pas l’emploi… C’est ainsi que dans votre église il y a des pierres des écuries militaires de Metz-Sainte-Barbe, de la gare d’Amanvillers, de l’église de Fey, du musée démoli de la Porte des Allemands… Quatre pierres viennent de la carrière : les deux piliers de la crypte et deux claveaux du portique !

      A partir de 1954, l’Entreprise Tosi bâtit la nef et le clocher. Entre temps, plus de deux tonnes de cuivre furent rassemblées pour faire la grosse cloche Pierre qui fut bénie en même temps que Marie par Mgr Schmitt le 7 septembre 1956. Auparavant, la communion solennelle fut célébrée dans l’église sans toit.

      En 1957, les hommes et jeunes gens du quartier ont peint les plafonds composés de plaques d’isorel d’après les maquettes du P. Eloi, moine bénédictin de La-Pierre-qui-Vire (Yonne), sur le thème de la libération de saint Pierre (liens brisés) et le psaume 123, d’où l’envol des grands oiseaux. L’étonnement des peintres fut général lorsqu’on a vu apparaître des oiseaux alors que par terre on avait peint des morceaux d’un immense puzzle ! Vinrent ensuite le maître-autel et le baptistère, en granit du Morvan, sculptés par Marc Hênard. Le verre cathédrale ferma provisoirement les fenêtres.

      Le 25 mars 1958, Mgr Louis a béni l’église inachevée désormais livrée au culte. Le dallage viendra en 1959, puis les vitraux en 1965 et 1967. Tous les travaux de construction et d’aménagement ont pu être menés à bonne fin depuis 1954, grâce à la générosité exceptionnelle d’une dame discrète, cousine du chanoine Zimmermann, Mme Louis Billant. Elle a versé des dizaines de millions d’alors pour cette église qu’elle avait adoptée.En 1961, c’est elle qui paya encore les orgues. C’est en son souvenir, et surtout en mémoire de son mari Louis Billant, mort en déportation, que la chapelle et l’autel de l’abside sont dédiés et consacrés à saint Louis, roi de France.

      En même temps que la construction, les volontaires du quartier faisaient bénévolement d’autres travaux indis­pensables : l’aménagement de tous les sous-sols, et le nivellement progressif du terrain (plus d’un mètre de remblai) la plantation des arbres et des fleurs, l’établis­sement des chemins, etc. A côté des hommes et femmes, les garçons et les filles de l’école ont occupé utilement leurs loisirs en maniant la pelle ou en roulant les brouettes. Grands et petits avaient mis la main à cette aventure collective, et tous en avaient retiré une satis­faction profonde, qu’on évoque avec émotion vingt ans après. Que de noms il faudrait citer pour rappeler le travail caché, fidèle et persévérant… et gratuit… de tant de personnes dévouées ! Au fond, l’aventure a duré dix-sept ans, et celui qui en était responsable peut témoigner de l’enthousiasme avec lequel s’est opéré le rassemble­ment autour de l’église. Une communauté commençait à naître.

      La dédicace officielle, la consécration solennelle eut lieu les 24 et 25 septembre 1960. Mgr Louis, vicaire général, procéda dès le samedi soir, aux longs rites de purification du sol et des murs, tandis que notre évêque consacra les douze pierres et l’autel majeur le dimanche 25, pendant que le Père Abbé de La-Pierre-qui-Vire, dom Duerre, consacrait l’autel du Saint-Sacrement dans’ l’abside Saint-Louis. Toutes les autorités civiles, militaires et religieuses étaient présentes, la foule des paroissiens de Saint-Joseph débordait de partout, les trois chorales de Montigny chantaient et l’Harmonie municipale de Montigny prolongeait la fête sur le parvis.

      L’église Saint-Pierre-aux-Liens de Moulins-Saint-­Pierre n’est pas un bâtiment d’avant-garde. La pierre à bon marché a décidé de son caractère. Mais elle veut être un havre de clarté et de joie.

Le chanoine Th. LOUIS

Description

La silhouette d’ensemble, caractérisée par ses façades en pierre de Jaumont taillées et soigneusement appareillées sans assises réglées, est très classique. Chaque élément du programme est clairement accusé, avec des volumes francs et harmonieux. Ouvrant sur la rue de Chaponost, la façade d’entrée est encadrée d’un côté par un haut campanile percé de trois fentes abat-sons sur chaque façade et par le court volume cylindrique du baptistère coiffé d’un toit conique, de l’autre. Le pignon de la nef, seulement fendu par trois baies étroites, est précédé par un porche couvert, avec six arcs en plein cintre au-dessus d’une dizaine de marches.
Sur la rue des Mésoyers le volume du porche se retourne en bas-côté. Il est surmonté par le mur de la nef percé de six fenêtres effilées puis par la toiture en tuiles, très simple, comme le demandait le programme.

      Le volume du chœur, coiffé en pavillon, domine la nef et, à l’arrière, le mur semi-cylindrique de la chapelle absidiale et la sacristie. Côté jardin (ouest) la nef s’élève d’un seul jet, percée par six groupes de trois baies vitrées. Le soubassement, sur l’ensemble de l’édifice, a été construit en pierre blanche de Servigny, récupérée et retaillée.

Les Prêtres :
de 1957 à 1969 : abbé Théo Louis
de 1969 à 2000 : Père René Chauby
de 2000 à 2008 : abbé Roland Dietrich
depuis août 2008 : abbé Bernard Schwarz, curé de la communauté Saint-Privat.

Presbytère Saint Pierre-aux-Liens

Contact
2, rue des Mésoyers
57160 Moulins-lès-Metz
03 87 65 78 11

Horaires normaux
– Le jeudi de 17h à 18h
– Le samedi de 14h30 à 16h30
Juillet – Août
– Le samedi de 15h à 16h

Le curé

Stéphane JOURDAIN
Curé – membre du service communication du diocèse

s.jourdain@stprivat.com

Les horaires des messes

messesinfo

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