Editos

22 Avril 2018 – 4ème Dimanche de Pâques

« La voix du berger »

Jésus est le bon pasteur. Il connaît chacun de nous. Il connaît chacune de nos difficultés. Il connaît chacun de nos besoins. Il connaît surtout nos possibilités et nos richesses profondes. C’est une connaissance du cœur, une connaissance intime. Nous sommes invités à écouter sa parole. La voix du berger est essentielle.

Ecoutons la voix du Christ, mais aussi appliquons-nous à la faire entendre.

Aujourd’hui, la voix du Christ passe par le témoignage de nos communautés. C’est même notre responsabilité de baptisés. Or nos contemporains ne suivront pas le Christ, ne seront pas ses disciples, si nous ne faisons pas raisonner sa voix. Aussi, essayons de tenir une parole de qualité, audible et cohérente et pour cela, évitons de nous disperser en d’inutiles futilités. Ecartons de nos lèvres les propos négatifs qui, à terme, finissent toujours par nous rendre malheureux. Les censeurs et donneurs de leçons sont suffisamment nombreux en ce bas monde. Ce n’est pas notre vocation. Ce n’est pas ce que nos contemporains attendent de l’Eglise. Ce qu’ils attendent, c’est que nous prenions du temps avec eux pour contempler et partager ensemble la beauté et la sagesse de notre Dieu.

Or donner de son temps, c’est donner de sa vie et chaque fois que nous donnons notre vie, nous devenons, comme Jésus, de vrais bergers.

Philippe BOISSE


15 avril 2018 – 3ème Dimanche de Pâques

« La paix soit avec vous ! »

Au soir de sa résurrection, Jésus fait un don, un cadeau, à ses disciples et, par là même, à nous et à toute l’humanité, il nous donne la paix, sa paix. Lisant l’Évangile, nous trouvons la promesse de Jésus à ses disciples avant sa Passion : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Au soir de la résurrection, il redira : « La paix soit avec vous » (Lc 24, 36 ; Jn 20, 19.21.26). Ces paroles Jésus nous les redit à chaque eucharistie.

Le geste de la paix : « Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix. » Nous entendons régulièrement cette invitation liturgique, mais comprenons-nous bien la signification de ce rite ? Venant de dire le Notre Père, nous comprenons que « par le Christ, avec lui et en lui » nous sommes tous fils de ce Père ; puis nous communions au Corps et au Sang du Christ. Ce geste liturgique de paix est loin de constituer un simple salut entre les participants de la messe, son objectif n’est pas de mettre une ambiance « sympathique » dans l’assemblée…D’ailleurs le prêtre ou le diacre ne nous dit pas : « Donnez-vous un geste ou un signe de paix » mais bien : « Donnez-vous la paix », celle qui nous vient du Christ. Pour autant, nous savons que cette paix n’est pas encore arrivée dans le monde, mais que nous devons en être des artisans dans notre quotidien, comme le rappelle l’envoi final de la messe : « Allez dans la paix du Christ ! » Nous devons en être les témoins. « Soyez mes témoins pour toutes les nations, en commençant par Jérusalem,… » Annoncez-leur : « Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! »

Chers amis, portons cette Bonne Nouvelle aux périphéries de notre communauté de paroisses, portons au monde Sa paix, il en a tant besoin.

Jean-Luc, diacre


8 avril 2018 – 2ème Dimanche de Pâques

Le doute serait-il aussi un chemin de foi ?

Saint Thomas : voici sans doute le plus connu des disciples de Jésus ! Vous avez certainement, comme moi, déjà entendu de nombreuses fois l’invocation de ce Saint, surtout dans les relations professionnelles, commerciales, contractuelles, partout où la confiance est mise à rude épreuve : « je suis comme Saint Thomas, je ne crois que ce que je vois ! ». N’en déplaise à tous les contrôleurs des travaux finis toujours à l’affût du vice caché, le scepticisme de Thomas peut aussi être un chemin de foi. J’ai en effet en tête ces magnifiques paroles de Jean Debruynne mises en musique par Nomade :

« Thomas, Thomas c’est grâce à toi

Qu’aujourd’hui quand nous vient le doute

Il peut nous ouvrir une route

Qui nous conduit jusqu’à la foi. »

Et pourtant les obstacles sur le chemin de la foi du Christ ressuscité étaient nombreux en ce troisième jour après la mort de Jésus : les disciples étaient terrés dans leur peur et avaient verrouillé leur porte au monde nouveau que venait de leur annoncer Marie-Madeleine. Et Thomas alors, avait-il encore plus peur que les autres pour préférer rester chez lui plutôt que de risquer de rejoindre le groupe de ses amis ? L’Esprit Saint répandu par Jésus a visiblement su faire fi de la peur, du retranchement, du secret et du doute. Il a su rejoindre chacun des disciples, là où il en était dans sa foi, y compris jusque dans l’épreuve de la chair. Quels que soient nos doutes, une chose est sûre : Dieu trouvera toujours le moyen de nous rejoindre, même dans les impasses les plus inattendues. Car, comme le chante encore Nomade :

« Thomas je te rassure, Dieu est toujours aussi humain ».

Björn DESMET


1er Avril 2018 – Dimanche de la Résurrection

« Sur les routes de la mission »

Au matin de Pâques, trois femmes témoignent de leur attachement profond à Jésus : Marie Madeleine, Marie mère de Jacques (que l’on appelle encore Marie Jacobé) et Salomé…

Vous connaissez la légende : chassées de Palestine, elles furent portées toutes trois par les courants vers le delta du Rhône où elles s’échouèrent.

Marie mère de Jacques et Salomé restèrent sur place où elles furent inhumées aux côté de Ste Sarah « la noire », leur servante.

Marie Madeleine quant à elle se retira près de Marseille.

Trois femmes donc qui se sont préparées au matin de Pâques.

Elles repartiront chargées d’une mission : « allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

Toutefois je reste étonné que le texte liturgique taise le verset qui clôture cet épisode des femmes au tombeau, car St marc ajoute les mots suivants : « Elles s’enfuirent loin du tombeau car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ».

Après tout, fallait-il que ces femmes rappellent aux disciples ce qu’ils savaient puisque Jésus les avait déjà avertis lors de la dernière Cène (14, 28).

Elles n’ont donc rien dit et pourtant leur silence aujourd’hui encore projette des milliers de personnes en pèlerinage sur les routes de la mission : aux Stes maries de la mer, à la Sainte Baume et auprès du fils de Marie Jacobé à St Jacques de Compostelle.

Philippe BOISSE


25 mars 2018 – Dimanche des Rameaux et de la Passion

Par défaut d’attention

Le visage coupé et bosselé, un œil tuméfié et fermé, le jeune homme noir, couché dans un lit d’hôpital, semble plongé dans un semi-coma. Avec difficulté il glisse néanmoins quelques mots à l’oreille de son visiteur : « vous n’avez pas voulu voir ». Celui-ci vient de lui demander pardon pour « n’avoir pas vu ». Pas vu que ce délinquant multi-récidiviste était un suspect trop facile, pas vu que l’agression du policier n’était qu’un coup monté, pas vu les indices pourtant évidents de son innocence.

Dans le film Jésus. L’enquête, récemment porté à l’écran, la conversion du journaliste est liée à l’investigation très professionnelle menée auprès de spécialistes, historiens et exégètes. Mais elle doit davantage à une prise de conscience : la vérité et la justice ne sont pas forcément du côté qu’on croit. Par sa faute, un innocent a été mis en prison, d’où un terrible règlement de compte l’a envoyé à l’hôpital. Son visage martyrisé, à la fois beau et terrible, accuse en silence. Le journaliste diplômé de Harvard, qui n’a ni vu ni entendu ni compris, contemple, étonné, ce visage, comme il avait auparavant contemplé, dans une église, l’effigie de l’homme souffrant du linceul de Turin, dont le négatif de Secondo Pia nous a révélé les traits.

« Tout le mal de cette vie provient d’un défaut d’attention à ce qu’elle a de faible et d’éphémère », écrit Christian Bobin dans L’Inespérée. Ne pas voir Jésus là où il se manifeste avec tant d’évidence est un grand mal. Ne pas voir Jésus dans le pauvre, l’affamé, le réfugié ou le délinquant est un grand mal. C’est de ce mal dont nous devons aujourd’hui espérer la guérison.

Nicolas Brucker


18 Mars 2018 – 5è Dimanche de Carême

Vive le printemps !

C’est enfin le printemps ! Si vous êtes comme moi las des nuits sans fin, des matins de froid et de brouillards, des gouttes au nez et des gorges enrouées, voilà de quoi redonner du baume au cœur. Bien que la grisaille soit toujours de mise, les arbres nous paraissent déjà moins vides, nous nous surprenons à ouvrir les fenêtres aux premières douceurs de mars et nous guettons le moindre chant des oiseaux comme une ode à la vie qui renaît inévitablement. Et pourtant, toute Bonne Nouvelle qu’il est, l’évangile de ce dimanche nous accompagne dans ce passage de renaissance d’une manière bien déconcertante.

Tout d’abord, l’accueil de la bonne nouvelle nous viendra par des étrangers comme ces Grecs en Galilée, ceux qui, sans se préoccuper de savoir à l’avance ce qui va se passer, cherchent à voir Jésus. Laissons-nous surprendre par celui qui nous montrera un autre chemin, bien loin de nos repères trop confortables, un chemin qui passera par l’expérience de la nouveauté plutôt que par notre savoir et le réflexe de nos acquis !

Ensuite, comme le grain de blé qui meurt en terre pour donner du fruit, la vie nouvelle ne pourra passer que par la mort. Il n’y a pas de printemps sans hiver et l’arbre ne pourra pas porter de fruit s’il n’a pas été taillé. N’ayons pas peur de nous libérer de notre passé, qu’il soit bercé de doux souvenirs ou marqué par d’amers regrets ! Khalil Gibran disait : « nul ne peut atteindre l’aube, sans passer par le chemin de la nuit ». Accueillons donc, comme Jésus nous y invite, chaque jour qui se lève comme une promesse.

Enfin, il ne nous appartient pas de décider quand aura lieu le grand soir. « Vais-je dire […] sauve-moi de cette heure ? Mais, non ! » : cette interpellation de Jésus nous concerne plus que jamais dans notre société occidentale qui ne supporte plus les ruptures et cherche à arrondir les angles pour reporter les choix, surtout les plus difficiles, au lendemain. Il n’est pas possible de faire fleurir le cerisier le jour où nous le souhaitons, mais il nous est donné d’accueillir ce jour comme la grâce d’un avant-goût de la résurrection. Nul doute que l’arrivée du printemps nous aide à accueillir la joie pascale qui est toute proche, mais, méfions-nous des giboulées de mars, elles nous rappellent que nous n’échapperons pas au bois de la croix.

Björn DESMET


11 Mars 2018 – 4ème Dimanche de Carême

« Laetare »

Depuis quelques semaines nous nous sommes engagés sur le chemin qu’est ce temps privilégié du carême, et nous voici déjà au quatrième dimanche dit, dimanche du Laetare, celui de la Joie. « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! » dit l’antienne d’ouverture de ce dimanche. Cette joie qui anime le disciple du Christ est celle de Pâques qui approche à grands pas et dont les premières lueurs pointent à l’horizon, comme pointent les premiers bourgeons annonçant l’arrivée du printemps.

Ce quatrième dimanche de Carême constitue une « pause » sur le chemin vers Pâques. Comme dans une randonnée en montagne, on s’arrête, on contemple le chemin déjà parcouru et le paysage sous nos pieds ; le sommet s’approche et normalement c’est une source de joie. Nous, de même, nous réjouissons d’approcher de Pâques.

Voir le sommet, contempler le Christ tel qu’il est vraiment, c’est tout l’enjeu de l’Evangile d’aujourd’hui. Jésus précise sa mission : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » 

Réjouissons-nous donc, en Jésus-Christ nous voyons le sommet et nous voyons aussi le chemin. Mais surtout nous le voyons tel qu’Il est vraiment : donnant sa vie pour nous. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé, dit, par ailleurs, Saint Jean, et ils seront sauvés ».

Jean-Luc, diacre


4 mars 2018 3ème dimanche de carême

Un printemps de réforme

Réforme du baccalauréat, réforme de la SNCF, réforme de l’assurance-chômage… nos gouvernants nous promettent pour le printemps un grand vent de réforme, pour notre bien nous l’espérons : un meilleur classement PISA, des trains qui arrivent à l’heure, un taux de chômage en baisse… Ces réformes, amplement médiatisées, sont pour les personnels concernés une source de stress. Les plus fragiles craquent, les plus rebelles organisent la résistance.
Une réforme, même justifiée, est rarement une réforme heureuse. Elle laisse derrière elle beaucoup d’amertume, de déception, de lassitude.

Nous chrétiens savons que les vraies réformes sont intérieures, qu’elles naissent d’un consentement individuel et collectif longuement mûri dans la prière. Toujours en mouvement, un chrétien ne tient nullement aux acquis ni aux routines : il est prêt à tout laisser pour l’amour de la vérité et de la justice.

Nos administrations et nos entreprises ne devraient-elles pas se mettre à l’heure du Carême ? Leurs dirigeants ne pourraient-ils donner à chacun le goût de l’effort et l’espérance d’une vie meilleure ? La réforme ne passe pas nécessairement par de grandes crises sociales, généralement dévastatrices ; elle peut emprunter des voies détournées, celles qui mènent par exemple à la joie de se sentir utile, au plaisir de participer ou au goût de la responsabilité. Mais pour cela, il faut la foi, ou comme dit saint Paul, il faut l’amour.

Nicolas Brucker


25 février 2018 – 2ème dimanche de carême

« Avec nos différences, tissons ensemble une Terre solidaire »

 Pour la période de carême 2018, qui a lieu du 14 février au 1er avril, le CCFD-Terre Solidaire propose une démarche spirituelle et un appel à la solidarité. Cette année, mobilisation générale autour du thème « Avec nos différences, tissons ensemble une Terre solidaire ».

 Quoi de plus beau que la rencontre ? Rencontrer l’autre, son visage, la lumière qui en émane, le poids de la vie qui s’y inscrit, voir en lui une présence brillante et étincelante. Laissons-nous toucher par nos différences, ce que nos visages portent d’Humanité : ils nous ouvrent au monde. Ensemble, tissons des liens de partage.

La communauté est comme un tissu qui s’élabore, un tissu dont je ne sais pas ce qu’il sera, mais qui, autour de nous, peu à peu se tisse, sans modèle ni dessin savant.

Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur… Bleu profond ? Rouge éclatant, ou bien le fil de lin gris ?

Cette troisième couleur, au dire des tisserands, est la plus importante : le gris neutre de tous les jours, celui qui fait chanter le bleu profond et le rouge éclatant, celui qui est porteur d’harmonie.

N’avoir que ma propre couleur et de cela me réjouir, pour qu’elle apporte la joie et non la rivalité, comme si moi, bleu, j’étais l’ennemi du vert, comme si j’étais, moi, ton adversaire !

Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer avec nous dans l’ouvrage ? Irai-je, les précédant, leur faire place, pour qu’ils viennent librement de leurs propres couleurs se mêler au dessin ?

Il y a une place pour tous et chaque fil vient apporter une continuité : non seulement ceux qui sont à l’origine du travail ont été tendus d’un support à l’autre, mais chaque fil. Un fil vient à rompre : aussitôt le travail arrête, et les mains patientes de tous les tisserands s’appliquent à le renouer. Chaque fil, même le plus lumineux, peut disparaître, tissé sous les autres. Il est cependant là, non loin, même si notre œil, ne le perçoit plus… Maintenant, c’est au tour du mien d’être lancé à travers la chaîne. Quand son trait aura cessé d’être visible, alors toute l’harmonie apparaîtra, harmonie de ma nuance mêlée à toutes les autres qui l’accompagnent, jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

Je ne sais ce qu’il adviendra de ce tissu. Le saurai-je jamais ?

Un tisserand de Finlande

 


18 Février 2018 – 1er Dimanche de Carême

Curieuse croix de cendres sur nos fronts

Vous est-il déjà arrivé de susciter la curiosité des passants à la sortie de la messe des cendres ? La croix de cendres qui orne notre front a pourtant de quoi surprendre un non-pratiquant. Ce fut mon cas lorsque j’ai découvert la foi catholique : plus que le signe qui n’a rien d’esthétique, c’est le sourire et la joie des pratiquants qui le portaient qui m’intrigua. Difficile en effet de trouver en ces cendres froides que j’assimilais davantage à la mort et la destruction par le feu, la force d’une conversion et la foi en une bonne nouvelle comme nous y invite Jésus en ce premier dimanche de carême. Et voilà que les paroles de Jésus au chapitre 12, verset 24 de St Jean me proposent une explication : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. ». Le carême est donc bien un chemin de rupture avec le passé, une rupture par le jeûne et la pénitence où nous allons laisser là tout ce qui nous encombre et nous interdit d’accéder à la vraie liberté, à notre vraie vie : nos égoïsmes qui nous empêchent de nous ouvrir aux autres, nos peurs qui nous voilent la beauté de l’avenir, nos cœurs endurcis qui oublient qu’ils sont capables d’aimer au-delà de nos frontières, nos richesses futiles qui nous renferment encore davantage sur nous-mêmes, nos vieilles habitudes qui nous paralysent et nous empêchent de croire en un monde nouveau. Et cette rupture ne peut passer que par le vide, le renoncement, le doute, le désert, les cendres, … la mort. Et ne cherchez pas en ces cendres refroidies la moindre braise ardente qui vous permettrait de raviver la flamme ! Notre front noirci nous rappelle à la fois que la mort est radicale et que seul Dieu peut nous en relever. Seul Dieu aura la force de rouler la pierre pour nous faire sortir du tombeau ! Et Il le fera sans condition, avec ou sans privation de viande, de chocolat et autres gâteries pour peu que nous ayons fait la place nécessaire pour L’accueillir sans condition dans nos vies, dans nos cœurs. Voici donc notre chemin de carême tout tracé (… tout de noir sur nos fronts) : accueillir Dieu dans notre vie.

Libre à chacun de choisir le moyen qui lui conviendra le mieux. Bon chemin de carême à vous toutes et tous.

Björn DESMET


11 Février 2018 – 6ème Dimanche du Temps de l’Eglise

11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes et Journée mondiale des Malades et Dimanche de la Santé (Instituée par le pape Jean-Paul II depuis 1992)

Le thème choisi pour cette année :« Montre-moi ton visage »

Le Dimanche de la santé est une invitation à donner toute sa place à une pastorale de la santé qui concerne les personnes malades, en situation de handicap, personnes âgées.

Le visage dit le mystère de la relation. Par-delà les blessures de l’existence, tout visage est une invitation à l’aventure de la rencontre.

C’est bien ce à quoi nous invite l’évangile de ce dimanche dans la rencontre de Jésus et d’un lépreux. Jésus le touche, le guérit, lui rend figure humaine, dignité, et sa place dans la cité.

Dans sa prière, tout homme aspire à voir le visage de Dieu et Il nous rejoint en Jésus de Nazareth et ainsi dans la fragilité de tout homme. Oui, sur le visage de chaque être humain, encore davantage s’il est éprouvé et défiguré par la maladie, brille le visage du Christ.

En ce dimanche, il convient de ne pas oublier les professionnels de la santé ainsi que les aidants familiaux. C’est aussi le moment de mettre en valeur les bénévoles envoyés en mission, tels les membres des équipes du Service Evangélique des Malades.

Jean-Luc, diacre


4 février 2018 – 5ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Partir

« Partir. À nouveau partir. Sans cesse, infiniment partir ». Ces mots de Christian Bobin concernent François d’Assise, sur la vie duquel il livre, dans Le Très-Bas, une méditation poétique et inspirée. Mais ils valent pour tout être qui répond à l’appel de l’absolu, et qui, après avoir quitté le foyer familial, si douillet qu’il finit par en être asphyxiant, quitte les rôles trop prévisibles que la vie sociale veut lui faire endosser, les situations factices et les sédentarités stériles. Le premier départ de François ne fut pas le bon : cette sainteté qu’on lui reconnaît un peu vite est en réalité un piège qu’on tend à sa liberté. Il lui faut donc partir une seconde fois, afin de rester éveillé envers et contre tout. Quand Jésus, évoquant l’annonce de l’Évangile, confie à ses disciples : « c’est pour cela que je suis sorti », il témoigne du grand mouvement qui porte vers la vie. Sa sortie entraîne à sa suite la sortie de foules entières venues le rejoindre. C’est là le vrai miracle. Car le monde n’imagine d’autre fin que la maladie et la mort. Et Jésus ouvre une autre voie, d’amour et de (re)création. Mais on veut le retenir, on veut l’enfermer dans le rôle du guérisseur ; on voudrait qu’il répétât à l’infini les mêmes actes et les mêmes paroles. Alors il lui faut sortir, sortir encore, et ouvrir la brèche par où doit se faire jour la radicale et bouleversante nouveauté. Et nous, partir à sa suite, afin de grandir en humanité et en sainteté.

Nicolas Brucker


28 janvier 2018 – 4ème Dimanche du Temps de l’Eglise

« Entre démons et prophètes »

Tandis que les hommes s’interrogent et s’étonnent, les démons, eux, savent déjà qui Il est. D’où le silence imposé par Jésus : « Silence, sort de cet homme ! » Jésus aime la discrétion. Il sait qu’elle seule peut servir le sens authentique de sa mission. La publicité tapageuse ne lui sert à rien. Seul lui importe le discernement que tout un chacun est appelé à développer.

Aujourd’hui encore, sommes-nous encore aptes au juste discernement ? Certes, les beaux parleurs ne manquent pas ! Notre temps est à la libre expression, à la liberté de penser : à chacun sa manière d’être, de dire et comprendre. Pourtant ils sont nombreux les mentors qui s’érigent en correcteurs de conduite, senseurs, guides de moralité et garants du bon ordre social. Il suffit d’écouter les responsables politiques qui se trémoussent devant les médias. Chacun d’entre eux prétend posséder la solution ultime à tous nos problèmes. Mais que de poudre aux yeux !

Or ce qui est vrai pour la politique l’est aussi pour la vie spirituelle. Les gourous de la spiritualité ne manquent pas. Que ce soit en politique ou en spiritualité, par démission, les français sont prêts à vendre leur discernement au plus offrant. Pourtant, nous avons besoin des prophètes et non pas des démons !

Nous avons besoins de chrétiens, de personnes passionnées par l’évangile, qui puissent nous montrer Jésus. Et en ce sens, le plus prophétique n’est pas forcément le plus médiatique !

Philippe BOISSE


21 janvier 2018 – 3ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Quel est le projet de Dieu pour moi ?

La rapidité avec laquelle Jésus recrute ses disciples a de quoi déconcerter plus d’un employeur et plus d’un chasseur de têtes. Sur la forme déjà : Jésus n’a pas besoin de CV, de lettre de candidature ou d’un entretien pour savoir si les candidats ont le profil. Et la réponse immédiate des quatre hommes dit tout : Simon et André ne se posent aucune question. Ils laissent tomber les filets qu’ils étaient en train de jeter à la mer pour suivre Jésus et, Jacques et Jean en font de même, laissant leur père Zébédée planté dans la barque avec ses ouvriers. Sur le fond, rien n’est laissé au hasard. Pourquoi Jésus choisit-il précisément de recruter sur les bords du lac de Tibériade parmi cette profession de pêcheurs ? Des hommes de labeur, habitués aux caprices de la nature et prêts à risquer leur vie pour satisfaire une des missions les plus nobles : nourrir les hommes. Des hommes ayant de surcroît l’expérience du travail d’équipe avec les ouvriers de l’entreprise familiale. Cet engagement sans question sur les conditions d’embauche et les avantages en nature, sans regard en arrière pour solder les dernières affaires, sans regret sur l’arrachement aux liens familiaux, sans perspective sur l’avenir est certainement une forme de folie. Mais une folie qui offre assurément toutes les garanties puisqu’elle est la réponse spontanée de ces hommes au projet de Dieu pour eux. Jésus vient en effet accomplir le destin divin de ces hommes, aujourd’hui encore pêcheurs de poissons et demain pêcheurs d’hommes. A cet instant, les futurs disciples n’ont certainement aucune idée de ce qu’est un pêcheur d’hommes et de ce qui les attend. Peu importe, ils se lancent dans l’aventure animés seulement par leur foi. Et l’histoire ne s’arrête pas sur les bords du lac de Tibériade. Rappelez-vous dimanche dernier : le père Boissé ne nous invitait-il pas à nous replonger dans l’eau de notre baptême, puis à nous vêtir du vêtement blanc et à porter la lumière au monde, fidèle à notre engagement de prêtre, prophète et roi, dans la prière, l’annonce de l’évangile et le service rendu à nos prochains ? L’appel que Jésus nous adresse aujourd’hui est simple : nous rendre disponible à la volonté de Dieu, tel que nous sommes avec nos forces et nos faiblesses, sans condition si ce n’est la confiance. Ainsi, nous serons réellement ce que nous sommes appelés à être. Et voici qu’au moment de conclure cet édito, je croise cette publicité d’un constructeur automobile dans les rues de Metz : « Quitte à devenir quelqu’un, autant que ce soit vous-même ! »…

Björn DESMET


14 janvier 2ème dimanche du temps de l’église

Où demeures-tu ?

C’est la question posée à Jésus par les deux disciples de Jean Baptiste qui vient de le désigner comme « l’Agneau de Dieu ».
Oui, Jésus, où demeures-tu ?
Ce jour-là tu n’as pas donné d’adresse, de numéro de rue, de code postal. Tu as dit seulement : « Venez et voyez ». Et c’est très bien ainsi. Tu ne t’identifies à aucune adresse. D’ailleurs, n’as-tu pas dit que tu n’avais même pas une pierre où reposer ta tête ! Dommage pour les marchands de souvenirs. Car si tu avais donné ton adresse, on aurait à cet endroit construit une basilique et vendu des cartes postales pour les touristes de passage !
Tu n’as dit que deux mots : « Venez et voyez ». Deux verbes qui invitent à l’action, deux verbes qui invitent au changement.
– « Venez », et pour cela il faut se bouger, se remuer, se lever, cesser d’être installés, se mettre en route pour aller voir.
– « Et vous verrez », cessez d’être aveugles. Car on ne va pas à Jésus les yeux fermés comme on rentre chez soi par cœur.
Et ce jour-là, nous dit l’Evangile, les deux disciples restèrent auprès de toi. C’est qu’ils devaient être bien en ta présence !
Où demeures-tu ? C’est bien la question que se posait aussi saint Augustin dans sa quête de Dieu : « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors… Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. »

Chers amis, ne cherchons pas Jésus là où il n’est pas. Depuis notre baptême, chacun et chacune, sommes un Temple de l’Esprit Saint, une demeure sacrée où Dieu habite, où la Trinité a dressé sa tente. Il est là au-dedans de nous, il suffit de faire silence pour l’entendre nous appeler et lui répondre comme le petit Samuel : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

Jean-Luc, diacre


7 janvier 2018 – Dimanche de l’Epiphanie du Seigneur

Être en chemin

En ce début d’année nous fêtons une arrivée : celle des mages venus des quatre coins du monde pour adorer l’Enfant Dieu. Ils se sont mis en chemin il y a plusieurs mois, et les voici arrivés au terme de leur route. Les cadeaux qu’ils font à Jésus ne valent pas un centième de celui qu’Il leur a fait : le vrai cadeau est ailleurs, c’est celui qu’ils emportent dans leur cœur. Celui-là, nul Hérode, nul tyran d’aucune dictature, ne pourra le leur reprendre. Un tel cadeau n’est pas fait pour être mis dans un musée, ni même dans une église, il est fait pour être partagé, répandu sur toute la surface de la terre. C’est une première Bonne nouvelle, qui prépare et annonce celle que les femmes feront connaître après la Pâque. Un peu comme la lueur de l’aube précède les premiers rayons du soleil.

Cette arrivée est aussi le premier jour d’un nouveau départ, d’une route dont les mages n’ont pas programmé l’itinéraire. Quelle étoile les guidera alors ? Vers quelle bouleversante révélation ? L’histoire ne le dit pas. Elle nous le laisse seulement imaginer… ou le vivre. Car cette route de retour, qui est en réalité un chemin vers un ailleurs, il appartient à chacun de lui donner la direction qu’il souhaite. L’important, dans tous les cas, n’est-il pas de rester en chemin ? « La dignité humaine implique nécessairement d’être en chemin », confie le pape François dans un récent livre d’entretiens. Les grandes tempêtes de ces dernières semaines nous le rappellent : rien ne résiste aux assauts du vent ; la souplesse et la mobilité valent mieux que l’ancrage dans le terreau des certitudes.

Une foi en chemin, sur le modèle des mages, c’est, peut-être, ce que nous pouvons nous souhaiter pour la nouvelle année.

Nicolas Brucker


31 décembre 2017 – Dimanche de la Sainte Famille

« La vie est un long fleuve tranquille » !?

Nous serions tentés de penser que la famille de Jésus est sainte parce qu’elle ne ressemble à aucune autre famille terrestre.

Marie est enceinte du Saint Esprit, Joseph n’est que le « père nourricier » et Jésus le « saint de Dieu ».

Et pourtant !

Joseph est un papa et Marie une maman.

Jésus, est leur enfant.

Il leur a sans doute posé bien des questions et parfois bien des problèmes.

Rappelez-vous : « «Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? – Qui est ma mère, qui sont mes frères ? » Charmant ce garçon : la sainteté n’exempte pas de la nécessaire rupture du cordon ombilical.

Lourde tâche que d’aider un enfant à devenir lui-même, au-delà de ses caprices et de ses illusions.

L’histoire de « la sainte famille de Jésus Marie et Joseph », c’est aussi cela : une histoire mouvementée, mais une histoire de famille tout de même.

Il est vrai que Jésus n’aura de cesse d’appeler les siens à dépasser la vision « toute naturelle » des choses, à toujours voir plus loin.

Mais il le pourra parce qu’auprès de Joseph, Il aura d’abord découvert les mots qui lui permettent de dire en des paroles d’hommes l’amour éternel de Dieu : « Abba, Papa ».

Parce qu’auprès de Marie, Il aura d’abord découvert et appris à faire la volonté de Dieu : « Que tout m’advienne selon ta parole ». C’est également cela une famille.

P. Philippe BOISSÉ


24 décembre 2017 – 4è dimanche de l’Avent

Pourquoi ces lumières et ces chalets ?

Si un extra-terrestre arrivait chez nous, il serait ébloui par les guirlandes et décors de nos rues et de nos places. Il serait tenté par les étalages de nos magasins. Il déambulerait parmi les chalets et manèges.

Mais il se demanderait : « pourquoi tout cela ? » Il aura bien vu des panneaux lumineux « Joyeuses Fêtes » mais la fête, les fêtes à qui ? à quoi ? Le politiquement correct a banni le mot Noël sur les panneaux lumineux, les crèches deviennent de plus en plus subversives dans l’espace public et les chants de Noël semblent relégués aux antiquités à oublier.

Notre extra-terrestre se tâterait les poches pour voir s’il a quelques moyens de paiement, car il s’apercevra vite que tout ce décor n’a maintenant d’autre but que de l’inviter à dépenser. Mais comme il est futé, il s’apercevra vite aussi de l’incohérence de nos sociétés qui prônent le respect de la planète, la conversion écologique, les circuits-courts, etc., mais qui n’ont plus comme objectif que de consommer toujours plus pour un bonheur éphémère. Il serait surpris par ces chauffages mobiles sur les terrasses des bars et restaurants, alors qu’à quelques mètres des personnes grelottent.

Mais au fait, à Noël, ce n’est pas un extra-terrestre qui vient nous visiter, mais Jésus, que les chrétiens reconnaissent et adorent comme le Fils de Dieu.

Nous serons nombreux le 24 décembre au soir et le 25 décembre à braver la nuit, et peut-être le froid, pour accueillir Jésus, notre Espérance.

Mes amis, quand tout semble aller à vau-l’eau, quand pour un certain nombre tout devient difficile et que vient la tentation de dire que rien n’a plus de sens, voici à Noël une Bonne Nouvelle : Dieu vient réaliser quelque chose de nouveau, il vient instaurer un royaume de paix !

Noël est un jour pour ouvrir le cœur : il faut ouvrir son cœur à la petitesse d’un bébé qui est là couché dans une crèche.

Les lumières et les chalets n’auront de sens que si nous nous laissons surprendre par Dieu qui se fait enfant, pauvre, faible, qui abandonne sa grandeur pour se faire proche de chacune et chacun de nous.

Joyeux Noël !

+ Jean-Christophe Lagleize Evêque de Metz


17 décembre 2017 – 3ème Dimanche de l’Avent

Ne restez pas dans le noir !

Voici qu’à la lecture de l’évangile de ce dimanche, une amie m’appelle pour venir changer une ampoule dans sa cuisine. Une bien modeste contribution qui m’a néanmoins rappelé à quel point la lumière était vitale pour nous tous. Quelle que soit sa forme, la lumière nous apporte toujours un réconfort : lumière scintillante des illuminations de nos rues annonçant la joie de Noël, rayon de soleil qui nous réveille au petit matin, lumière du phare qui indique aux marins que le port est proche ou lueur rassurante de la sortie du tunnel. Notre ressenti de la lumière rejoint donc bien la définition qu’en donnent les scientifiques : « un transport d’énergie, sans transport de matière ». Mais si l’effet de la lumière est si positif, quel en est donc la source d’énergie ? Une ampoule, une LED, un éclair, une flamme au bout de la mèche… ou plutôt une présence ? Les scouts et guides de France vous répondront avec certitude que seule une présence peut être à l’origine de la Lumière et pas n’importe laquelle : celle du Christ né dans une crèche ! Cette présence, c’est la lumière allumée à Bethléem, qui, une fois arrivée à Vienne, nous est transmise par de jeunes scouts jusqu’à la gare de Metz. Et maintenant que nous l’avons nous-mêmes accueillie dans nos églises, dans nos mains, dans nos lanternes, dans nos maisons, cette présence est à apprivoiser, à entretenir, à travailler comme la paix. Car comme le dit Jean Debruynne, « La paix est un travail, c’est une tâche […]. La paix n’existe pas à l’état sauvage, il n’y a de paix qu’à visage humain. »

C’est en la travaillant de nos mains, de nos paroles, de nos regards, de nos prières et de nos cœurs que nous pourrons réellement la transmettre comme on transmet le pain à chaque eucharistie, signe de la présence vivante du Christ. Les LED qui illuminent nos rues et nos sapins nous disent que la fête est proche, mais elle ne pourra réellement commencer que lorsque nous serons nous-mêmes devenus des lumières habitées par la présence de l’Emmanuel.

Björn DESMET


10 décembre 2017 – 2ème Dimanche de l’Avent

En route vers la montagne !

Il y a deux semaines eut lieu l’ouverture de la galerie commerciale « Muse ». Difficile de résister à la tentation de voir le résultat de trois années de travaux, dont je n’avais manqué aucune étape, étant amené, dans mes déplacements, à passer chaque jour devant le chantier. Visiblement je n’étais pas le seul à avoir eu cette idée. Une foule compacte arpentait gaiement les espaces inondés de lumière de ce nouveau temple du shopping. Je fus frappé par la jeunesse des visiteurs, jeunes gens branchés et jeunes femmes apprêtées avec soin. Je réalisai alors que ces commerces étaient entourés de nombreuses résidences abritant tant des célibataires démarrant leur vie professionnelle que des familles avec de jeunes enfants, mais aussi de bureaux où transitent journellement employés et cadres dynamiques. Ce secteur de Metz, autrefois désolé, s’était métamorphosé et peuplé en très peu de temps. Ce sera bientôt un quartier animé et joyeux.

Cette population va-t-elle se contenter d’une vie dédiée à l’ivresse de la consommation, ou voudra-t-elle se mettre en quête du chemin qui mène à la vraie vie et à la joie parfaite ? Et nous, ce chemin, leur en tracerons-nous la direction ? Nos clochers attireront ils leur regard ? Nos sonneries dominicales frapperont-elles leurs oreilles ? Plus important : saurons-nous trouver les mots justes, formuler les propositions adéquates ? Il est plus facile de rester sur sa montagne que de descendre dans la vallée. Le confort de l’entre soi a ses avantages. D’habitude en certitude, on finit par s’auto-suffire. Un grand défi est à nos portes : faire monter ceux qui sont en bas, mais en grimpant avec eux, et en grandissant de cet effort partagé. Ce serait goûter la vraie joie de l’annonce en attendant la vraie joie de Noël.

Nicolas Brucker


3 Décembre 2017 – Premier Dimanche de l’Avent

Bienvenue au pays d’Albert

Le temps et l’espace ne sont pas ce que vous croyez. L’espace tel que vous l’imaginez, peut en fait s’étirer, se contracter, se tordre sous l’effet gravitationnel d’une masse ou d’une énergie. De même, si vous pouviez rester sur le quai de la gare et en même temps observer la montre d’un passager dans un train en chemin, vous verriez alors ses aiguilles tourner moins vite que celles de votre propre montre : son temps n’est pas le vôtre. Surprenant non ? C’est une question de référentiel : le temps du quai n’est pas celui du train. C’est l’univers selon Albert EINSTEIN. On parle alors de relativité. C’est peut-être ce qui a caractérisé l’entrée dans le 20ème siècle et marquera le 21ème.

Cette année, le temps de l’Avent débute le 03 décembre pour nous conduire à Noël qui est encore fêté le 25 décembre. Toutefois, l’effet gravitationnel du business a tendance à déformer l’espace-temps. Les décorations de Noël ont été posées dès le mois d’octobre et le marché de Noël accompagné de ses illuminations inauguré à Metz le 18 novembre. Le temps de l’Avent, ce sont trois semaines encadrées par quatre dimanches. Le Marché de Noël ce sont sept semaines de vin chaud, de pain d’épices et de boutiques en tous genres. Le temps du marché n’est pas celui du clocher.

La société de consommation propose un nouveau référentiel qui, tout en se réclamant de Noël, met à mal le message même de la fête. Alors à quoi bon le temps de l’Avent ! Si l’on brouille les cartes du temps, le sens de l’histoire devient rapidement illisible. C’est ainsi, par exemple, que la fête mariale des lumières à Lyon est devenue pour certains journalistes la fête des frères Louis et Auguste LUMIERE qui ont joué un rôle important dans l’histoire du cinéma !

Alors un jour, au marché de Noël, peut-être verrons-nous apparaître les premiers maillots de bain nécessaires aux vacances d’été. Un jour, peut-être fêterons-nous St Nicolas le 14 juillet, quoi qu’au nom de la laïcité, certains auront sans doute leur mot à dire. En attendant, pour ceux qui resteraient encore attachés au rapport théologique que les chrétiens entretiennent au temps, à l’histoire et à la culture, je vous renvoie à l’excellent ouvrage du Cardinal Henri De LUBAC « Dieu se dit dans l’histoire » publié au Cerf en 1976.

A tous et toutes, un bon temps de l’Avent et spirituellement faites en un bon usage.

Père Philippe BOISSE


26 novembre 2017 – Dimanche du Christ Roi de l’Univers

C’est le geste qui compte !

En cette fête du Christ Roi de l’univers, je ne peux m’empêcher de penser à l’avenue de Blida à Metz. Voici un lieu que le Roi aurait pu citer en réponse à la question de ceux qui avaient besoin de se remémorer un exemple concret où ils avaient côtoyé ceux qui avaient faim et soif, qui étaient nus, étrangers, malades ou prisonniers. Jetez un œil sur la carte : cette avenue est certes un axe d’entrée de l’agglomération messine emprunté par bon nombre de travailleurs matin et soir, mais elle ne débouche en réalité que sur une impasse donnant sur un cimetière ! Et si vous vous êtes un jour aventurés jusqu’au bout de cette avenue, vous avez peut-être remarqué ce parking face à l’usine de traitement des ordures ménagères où s’amassent des tentes de fortune qui abritent des centaines de migrants dans des conditions d’hygiène inhumaines. Je pense à ces enfants qui, faute de disposer de sanitaires fonctionnels, attendent impatiemment de rejoindre l’école du quartier. Je pense aussi à cette dizaine de femmes enceintes couchées à même le sol dans la boue qui n’arrivent à tenir que grâce à l’espérance que leurs enfants auront un avenir meilleur. Et que dire de ces femmes et hommes épuisés par le périple de la migration que le froid et l’humidité du camp ont définitivement cloué dans la maladie. Sans l’implication inlassable de plusieurs dizaines de bénévoles d’associations caritatives, combien de drames humains supplémentaires dans ce camp à deux pas de notre quartier aurions-nous à porter sur la conscience ? Et voici que les autorités administratives ont décidé de fermer le camp de Blida au moment où j’écris cet édito. En quelques heures, ces personnes sont arrachées de leurs abris de fortune et transférées dans des bus : les uns seront dispersés aux quatre coins de la France pour bénéficier enfin d’un toit chauffé ; les autres, en situation irrégulière, seront reconduits à la frontière. Une sorte de grand soir comme au jugement dernier, me direz-vous… en espérant que les structures d’hébergement locales puissent absorber le flux des nouveaux migrants de demain et que ne soit recréé un nouveau camp en cette période hivernale si éprouvante. Une chose demeure certaine : le jugement dernier portera bien sur l’essentiel de nos vies : le franchissement ou non des points de rupture comme la faim, la soif, la nudité, la santé ou la liberté. Et en la matière, ce ne sont pas les débats et les grandes idées qui sauveront l’humanité, mais seulement nos gestes et nos actes !

Björn DESMET


19 novembre 2017- 33ème Dimanche du Temps Ordinaire

« Les talents… »

Le premier de nos talents à nous chrétiens, c’est notre Foi, notre confiance en Dieu. Notre Foi ne peut pas rester enfouie, notre confiance en Dieu ne peut pas être gardée pour elle-même, notre prière ne peut pas ignorer le reste du monde. Faire travailler le premier de nos talents c’est agir de telle sorte que notre Foi s’exprime dans le quotidien de nos vies : elle se risque, elle se conforte et se partage en communauté.

· Risquer sa Foi c’est prendre des responsabilités, c’est vivre ses convictions profondes dans notre quartier, notre travail, notre famille. C’est la partager en Église.

· Risquer sa Foi c’est accepter d’agir avec d’autres qui ne pensent pas forcément comme nous.

· Risquer sa Foi, la faire fructifier, c’est tout donner de soi pour que ce monde se construise et devienne de plus en plus le monde de Dieu. En ce dimanche du Secours Catholique, rendons grâce pour tous ceux qui font grandir les talents, souvent cachés, des pauvres et des petits. A eux aussi le Seigneur adresse cette parole : « Entre dans la joie de ton maître ».

Jean-Luc, diacre


12 novembre 2017 – 32ème Dimanche du Temps de l’Eglise

Huile ou électricité ?

Aujourd’hui l’énergie vient à tous à tout moment avec une profusion déconcertante. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Je me souviens qu’autrefois les coupures de courant étaient fréquentes, et qu’elles pouvaient durer quelques heures. L’enfant que j’étais goûtait la magie de ces moments. Car au lieu des ampoules à incandescence et des tubes néon bourdonnants, nous avions droit, pour nous éclairer, à des bougies et des lampes à huile. La soirée se changeait en une veillée festive. Tous groupés dans la même pièce, nous profitions de cette lumière parcimonieuse, tremblotante et aux tons mordorés. L’occasion de se parler, de rire, d’être ensemble. Nos ombres s’étiraient démesurément le long des murs. Plus rien n’avait l’apparence ordinaire. Et les ténèbres dont nous sentions la proximité enveloppante semblaient détenir un secret vaguement inquiétant. Viendrait bientôt le moment où les ampoules éclaireraient à nouveau la maison de leur éclat impersonnel, et où chacun regagnerait son espace.

Cette expérience me donne une petite idée du quotidien de mes grands-parents quand ils étaient enfants, quotidien qui sur le fond n’était pas si différent de celui des habitants de la Palestine d’il y a deux mille ans. Le prix élevé de l’huile explique qu’on ne veillait pas à moins d’avoir de sérieuses raisons, mais aussi qu’il fallait précisément évaluer ses besoins. Sans lampe, impossible de mettre un pas devant l’autre. Un ciel sans lune ne laissait aucun espoir de trouver son chemin. On comprend mieux dès lors que les jeunes filles de la parabole, les plus raisonnables du moins, tiennent tant à leur lampe et qu’elles en gèrent l’usage avec autant de soin.

Que serait-il arrivé si ces jeunes filles avaient disposé, comme nous, d’une énergie bon marché, accessible en permanence, et de moyens techniques d’éclairage performants ? Les dix seraient-elles alors entrées avec l’époux dans la salle des noces ? Cela aurait mieux convenu à notre époque, si soucieuse d’égalité et si avide de dénouement en forme de « happy end ». Mais il est à parier que la parabole eût perdu beaucoup de son intérêt…

Nicolas Brucker


5 novembre 2017 – 31ème Dimanche du Temps de l’Eglise

« Les yeux de Dieu »

     Il y a ces regards de douceur où s’exprime plein d’amour. Il y a également des regards qui traduisent la complicité entre deux êtres ou encore la compréhension, voire de la compassion à ce qui se vit ou à ce qui vient d’être dit. Il y a ces regards de confiance où tant de choses ont pu se partager sans qu’aucun mot n’ait été prononcé. De tels regards nous font grandir en humanité. Ils sont nécessaires.

Mais à côté de ces regards bienveillants, il y également des regards qui nous glacent à jamais tellement ils expriment la froideur de ce que l’autre ressent à notre égard. Rien de pire alors que d’être confronté à ces regards de jugement, ces regards de condamnation comme si l’autre avait la prétention de croire qu’il nous connaissait mieux que nous-mêmes.

Un regard n’est jamais neutre. Certains aiment regarder. D’autres aiment être regardés. Il y a l’image que l’on donne et celle que l’on perçoit. Regards et images sont intimement liés.

Toutefois, n’oublions jamais que le tréfonds de notre âme n’est offert qu’au regard bienveillant de Dieu. Dieu et lui seul peut nous connaître dans le plus intime de notre cœur là où aucun être humain ne pourra jamais prétendre avoir la connaissance de l’être que nous sommes. Le regard divin ne nous enferme jamais lorsque nous trébuchons. Il nous reprend à notre rythme. Il nous relève pour que nous nous détournions de ce qui nous empêche de devenir nous-mêmes.

Puissions-nous alors apprendre à nous regarder les uns les autres avec les yeux de Dieu.

Philippe BOISSE

 


Trentième Dimanche du Temps de l’Eglise

Allez à l’essentiel ! 

   Curieuse réponse que celle de Jésus à ces pharisiens qui l’interrogent sur le plus grand des commandements ! Comment, en effet, l’amour pourrait-il être un commandement ? L’amour est d’abord une liberté, sinon ce ne serait plus de l’amour. La liberté est l’un des piliers du sacrement de mariage et nous savons tous que lorsque l’amour commence à être contraint par l’argent, les codes sociaux, l’apparence physique, les appartenances familiales, voire même par la religion, il meurt. C’est peut-être justement ce que recherchent ces pharisiens : faire mourir la liberté de Jésus en l’enfermant dans un commandement. Mais les pharisiens ne se doutent pas encore que, non seulement ils ne parviendront pas à enfermer Jésus par (ou dans) un commandement, mais que Jésus les entraînera vers l’essentiel de leur vie ; les physiciens diraient leur centre de gravité ! Jésus nous invite ici à rechercher ce point d’équilibre où se concentrent toutes nos forces pour nous porter en plénitude. Jésus nous dit que ce point ne peut être atteint que par l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi.

   Cet équilibre parfait me fait penser à ce tabouret à trois pieds que les agriculteurs utilisaient jadis pour traire leurs vaches. Trois pieds, c’est en effet le nombre minimum d’appuis nécessaires à un objet pour tenir debout sans appui extérieur. Et pour que l’assise soit stable et solide, les trois pieds doivent avoir la même longueur, le même diamètre et le même ancrage. Ainsi en est-il de nos vies : aimer Dieu en oubliant les autres et soi-même, c’est vivre une foi désincarnée et risquer de tomber dans le fanatisme ; s’aimer soi-même plus que tout, c’est un mal bien connu de notre société, celui de l’égoïsme facilité par l’argent et le pouvoir ; aimer les autres en oubliant Dieu et soi-même, c’est au contraire perdre le sens de nos vies et risquer de ne plus savoir qui nous sommes vraiment. Tourner sa vie vers Dieu en lui offrant un amour sans faille, en témoigner auprès de nos prochains, sans oublier celle ou celui que nous sommes vraiment, c’est grandir en vérité … pardon en sainteté ! Oui, nous sommes bien tous appelés à la sainteté, celle que Dieu a déjà placé en nous depuis qu’il nous a créés, tel un centre de gravité que Jésus nous invite à rechercher dès aujourd’hui. Bonne fête de la Toussaint à toutes et tous.

Björn DESMET


Chacun sa place !

Dans les dîners, j’aime être placé. Je me dis qu’on a réfléchi à la place qu’on m’attribue, et que dans ces conditions c’est forcément la bonne. Dans les cas où il faut se placer soi-même, au restaurant par exemple, je ne m’installe pas avec la même confiance : trop aléatoire, trop incertain.

La vie est un peu à l’image d’un grand repas. Autrefois votre place était marquée : le fils de l’horloger devenait horloger, et épousait la fille du graveur. Les jeunes époux allaient vivre dans la maison familiale avant de se trouver un appartement voisin. Leur vie entière se déroulerait dans le même quartier, au milieu des mêmes gens. Aujourd’hui la place est à choisir ; aucune n’est réservée. Le même fils d’horloger devient, s’il le veut, chercheur en biochimie, officier de gendarmerie ou kinésithérapeute. Il peut changer de région, et même de continent. Il peut épouser la fille du marquis, et même vivre avec elle sans l’épouser. Et depuis quelques années, il peut devenir « elle ». Une telle liberté de choix a de quoi donner le vertige. La vie d’avant était-elle pour autant plus facile ? Rendait-elle plus heureux ? Rien n’est moins sûr. Mais un jeune qui en 2017 se dit qu’il peut virtuellement tout faire et tout être, pourra se sentir désemparé devant des choix dont il craindra de devoir assumer seul les conséquences.

Les invités à la noce avaient chacun leur place. Mais ils ne le savaient pas. Aussi ne sont-ils pas venus. A l’inverse, ils sont restés là où leur présence n’était pas nécessaire. Le drame de l’homme est peut-être là : ne pas entendre l’invitation qui lui est faite de gagner la place qui lui est réservée, et d’occuper pendant sa vie une place qui ne lui convient pas. Et ce n’est pas seulement affaire de convenance personnelle, mais d’ordre du monde…ou de plan de table !

Nicolas Brucker