Un 15 août sous le signe de l’engagement

150817-4« Etre chrétien à l’époque, comme à d’autres époques, est un engagement personnel, un engagement spirituel, un engagement politique, et ceci demeure pour aujourd’hui« . Ces mots de monseigneur Lagleize, lors de l’homélie des vêpres solennelles (à lire en intégralité à la fin de cet article), sur la place St Jacques de Metz en ce 15 août 2017, ont résonné aux oreilles des nombreux participants de cette célébration à la foi religieuse et patriotique.

Dès la messe pontificale, en la cathédrale Saint Etienne, le matin, monseigneur Lagleize rappelait la proximité de Marie, son engagement dans la prière, auprès de toutes les populations en guerres et qui souffrent aujourd’hui. L’après-midi, après le chants des psaumes et la procession qui commémore, comme chaque année depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’acte de résistance des messins en 1940, monseigneur Lagleize pointait d’autres causes de souffrances dans notre société française et européenne : « l’individualisme, le consumérisme, l’appât effréné pour la finance. » Face à ces menaces, il a invité les croyants rassemblés autour de la statue de la Vierge Marie, à rester « vigilants sur la place que nous devons donner à l’homme dans notre société. » Citant largement le pape Benoît XVI, l’évêque de Metz a invité à prendre consicience que « La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. (…) dans les questions fondamentales du droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas.« 

150817-1Devant près de 2000 personnes, monseigneur Lagleize appelait donc à la vigilance, et à l’engagement pour un monde meilleur, qui respecte la nature humaine, une certaine « écologie de l’homme« . Un discours entendu par les fidèles venus participer en masse à ce rassemblement, mais aussi par les politiques présents, au premier rangs desquels le maire de Metz, Mr Dominique Gros.

150817-2

Texte intégral du discours de Mgr Lagleize (version PDF) :

Allocution 15 août 2017, place Saint Jacques, Metz

Chers amis,

150817-5Nous faisons cette procession aujourd’hui jusqu’aux pieds de la statue de la Vierge Marie qui tient dans ses bras notre Seigneur Jésus Christ, comme l’ont fait d’autres messins nos parents, nos grands’ parents, nos arrières grands parents sous l’occupation nazie.

Etre chrétien à l’époque, comme à d’autres époques, est un engagement personnel, un engagement spirituel, un engagement politique, et ceci demeure pour aujourd’hui. Gardons en mémoire que beaucoup de ceux qui en 1940 sont venus ici-même où nous sommes, ont été enfermés ou expulsés, comme Mgr Heintz, expulsé le 16 août 1940 jusqu’en novembre 1944.

En 2017, nous sommes réconciliés avec nos voisins, Cette réconciliation européenne s’est d’ailleurs construite autour, entre autres de chrétiens : pensons à notre compatriote Robert Schuman, dont nous portons la cause de béatification, ainsi qu’au chancelier Konrad Adenauer et à Alcide de Gasperi.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à d’autres menaces comme l’individualisme, le consumérisme, l’appât effréné pour la finance. Soyons toujours vigilants sur la place que nous devons donner à l’homme dans notre société.

Sans la cohésion sociale, la juste répartition des biens et des richesses, sans un véritable dialogue, nos sociétés se fracturent, rejettent celles et ceux qui sont faibles et ouvrent la porte à la violence et au mépris.

Il me semble judicieux d’entendre quelques extraits du discours du pape Benoît XVI devant le Bundestag à Berlin le 22 septembre 2011. Benoît XVI rappelait ce passage de la Bible ou Dieu est prêt à accorder une requête au roi Salomon lorsqu’il devient roi.

« Que demandera le jeune souverain en ce moment ? Succès, richesse, une longue vie, l’élimination de ses ennemis ? Il ne demande rien de tout cela. Par contre il demande : « Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (1 R 3, 9).

Son critère ultime (…) ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. (…)

L’homme est en mesure de détruire le monde. Il peut se manipuler lui-même. Il peut, pour ainsi dire, créer des êtres humains et exclure d’autres êtres humains du fait d’être des hommes.

Comment reconnaissons-nous ce qui est juste ?

Comment pouvons-nous distinguer entre le bien et le mal, entre le vrai droit et le droit seulement apparent ? (…)»

Le pape Benoît XVI poursuit.

« Pour une grande partie des matières à réguler juridiquement, le critère de la majorité peut être suffisant. Mais il est évident que dans les questions fondamentales du droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas.

Dans le processus de formation du droit, chaque personne qui a une responsabilité doit chercher elle-même les critères de sa propre orientation, comme le justifiait au IIIe siècle Origène en évoquant la résistance des chrétiens à certains règlements juridiques en vigueur qui étaient injustes.

La question qui se pose n’est donc pas uniquement celle de la majorité mais celle de la justice. Comment identifier ce qui est juste ? Il s’agit de respecter l’homme tel qu’il a été créé. Mais aussi respecter la Création qui nous a été confiée par le Seigneur. »

« Il existe aussi une écologie de l’homme », explique Benoît XVI « L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi-même. L’homme ne se crée pas lui-même.

Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il respecte la nature, l’écoute et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de lui-même. C’est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine. » disait encore Benoît XVI.

Comme citoyens et comme chrétiens, nous devons rester vigilants et acteurs dans ce monde aujourd’hui. Notre condition d’homme telle qu’elle a été créée doit être respectée.

Que la douceur de la Vierge Marie qui voit notre fidélité nous assiste et nous guide.

 

+Jean-Christophe Lagleize,

évêque de Metz

 

Vidéo Live de la procession :