Homélie de la messe chrismale 2016

« Que ce mélange d’huile et de parfum devienne pour nous le sacrement de ta bénédiction » (consécration du saint chrême).

Chers amis, en accueillant dans quelques instants les huiles, puissions-nous accueillir les signes de la bénédiction, de la miséricorde de Dieu pour son peuple bien-aimé.L’huile nous révèle la douceur, le soin, la lumière, la souplesse, la conservation, la précision. Dieu notre Père se sert de l’huile pour manifester sa miséricorde, pour pencher son coeur de Père vers ces pauvres que nous sommes tous. Au peuple qui entre en Terre promise, Dieu promet l’huile, le froment et le vin (Deutéronome 11, 14). Le prophète Joël rassure le peuple : « Le Seigneur répondit et dit à son peuple : ‘Voici que je vous envoie le blé, le moût, l’huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l’opprobre des nations », Joël 2, 19. L’épouse du Cantique des cantiques dira :« Tes amours sont délicieuses plus que le vin ;l’arôme de tes parfums est exquis, ton nom est une huile qui s’épanche… Entraîne-moi sur tes pas, courrons ! », Cantique des cantiques 1, 3-4.

Et cette onction d’huile sera le signe du Messie : « Il m’a consacré par l’onction », venons-nous d’entendre en Isaïe et par la bouche de Jésus. C’est par l’onction que Jésus est envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Cette annonce aux pauvres, plus cette miséricorde, ce coeur qui se penche vers les pauvres, nous les retrouvons dans la parabole du Bon Samaritain :« Vous n’avez pas oublié, mes très chers frères, comment ce voyageur blessé et laissé à demi-mort par les larrons fut soulagé en recevant cette huile et ce vin dans ses blessures. C’est le pardon accordé à ses égarements, mais il reste languissant et on le soigne dans l’hôtellerie. Cette hôtellerie n’est-elle pas l’Eglise ? Elle est aujourd’hui une hôtellerie, parce que notre vie n’est qu’un passage ; elle sera une demeure, une demeure d’où nous ne sortirons plus, lorsque, parfaitement guéris, nous serons parvenus au royaume des cieux. En attendant, soyons heureux d’être soignés dans l’hôtellerie et convalescents encore, ne nous glorifions pas d’avoir recouvré toute notre santé ; cet orgueil pourrait n’aboutir qu’à nous éloigner de tout remède et de toute guérison » (Saint Augustin, S. 131,6).

Frères et soeurs, ces huiles que nous allons bénir ou consacrer, qui vont rejoindre les paroisses de notre diocèse, elles sont là pour nous soulager, guérir, fortifier. Elles font entrer dans l’Eglise, cette hôtellerie où nous sommes de passage. Quelle symbolique : l’Eglise nous oint la tête d’huile et de parfum quand nous entrons en ce monde par le baptême ; l’Eglise nous oint le front, les mains avec l’huile quand la fragilité, la maladie nous affectent. L’huile des malades, l’huile des catéchumènes, le Saint Chrême nous les recevons, tout comme nous recevons la miséricorde de Dieu pour, à notre tour, être miséricordieux.

Nous recevons le baptême : on ne se baptise pas soi-même.
Nous recevons la confirmation : on ne se confirme pas soi-même.
Nous recevons l’ordination presbytérale ou épiscopale : on ne s’ordonne pas soi-même.
Nous recevons le sacrement des malades : on ne se le donne pas soi-même.

La miséricorde se reçoit, si nous avons un coeur de pauvre ; pour accueillir l’amour, il nous faut avoir le coeur et les mains ouvertes ; si nous voulons nous jeter dans les bras de Dieu le Père, il nous faut avoir les mains ouvertes, tout comme Jésus s’offrant au Père sur la croix et qui ainsi rend facile le passage à la lance qui transperce son coeur.

Frères prêtres, le jour de notre ordination presbytérale nous avons ouvert nos mains pour recevoir l’onction. Frères et soeurs, certains d’entre vous ont déjà ouvert leurs mains pour recevoirl’onction du sacrement des malades et d’autres les ouvriront un jour. La miséricorde se reçoit, si nous avons un coeur de pauvre ; pour accueillir la force de vie du Christ ressuscité, il nous faut être comme dépouillé de nos futiles protections. La miséricorde n’a que faire de nos oripeaux, c’est sur notre tête nue que le Saint Chrême pénètre en nous au jour de notre baptême, de notre confirmation, et pour les évêques lors de notre ordination épiscopale.

C’est sur notre tête nue et, selon les circonstances de soins, sur notre corps en partie dévêtu, que nous recevons l’onction avec l’huile des malades. C’est sur différentes parties de leur corps que les catéchumènes reçoivent l’onction d’huile ;manifestant ainsi qu’ils se revêtent de la force du Christ, que la miséricorde de Dieu les enveloppe totalement.Cet amour, cette compassion de Dieu le Père pour tous ses enfants, nous ne pouvons pas les garder pour nous. Nous pouvons les offrir, les rayonner. C’est si fort que, dans la célébration des sacrements de l’Eglise, le ministre – le serviteur du sacrement – pour manifester la puissance et l’action de Dieu par le don de l’Esprit Saint ouvre ses mains pour les imposer.

Ouvrir ses mains, c’est ne pas garder, serrer, c’est offrir pour recevoir et donner.Et en cette année de la miséricorde, comment ne pas rendre grâce pour l’imposition des mains dans chacune de nos eucharisties, là où le Christ s’offre, se livre totalement au Père, à nous, à la multitude car, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. Rendre grâce pour l’imposition des mains dans le sacrement de la réconciliation, une parole efficace offerte et reçue, non à une masse mais à chacune, à chacun.

Frères prêtres, quand nous sommes les serviteurs de la miséricorde divine dans le sacrement de réconciliation, ayons le soin de prononcer le prénom de la personne au début de chaque absolution.Ces huiles nous régénèrent, nous fortifient parce que Dieu, par le Christ, nous révèle que son Coeur est une fournaise d’amour pour toute la création. Ces huiles pénètrent notre corps pour rayonner cette puissance d’amour, la miséricorde.

Pour conclure, faisons nôtre cette prière du Bienheureux Cardinal John Henri Newman : « Seigneur Jésus, inonde-moi de ton Esprit et de ta Vie. Prends possession de tout mon être pour que ma vie ne soit qu’un reflet de la tienne. Rayonne à travers moi, habite en moi, et tous ceux que je rencontrerai pourront sentir ta Présence auprès de moi. me regardant, ils ne verront plus que toi seul, Seigneur ! Demeure en moi et alors je pourrai, comme toi, rayonner, au point d’être à mon tour une lumière pour les autres, lumière, Seigneur, qui émanera complètement de toi. C’est toi qui, à travers moi, illumineras les autres. Ainsi ma vie deviendra une louange à ta gloire, la louange que tu préfères, en te faisant rayonner sur ceux qui nous entourent. Par la plénitude éclatante de l’amour que te porte mon coeur. Amen. »

Amen.

+ Jean-Christophe LAGLEIZE
évêque de Metz (Messe Chrismale 2016)