Etienne Pierre Morlanne, (1772 – 1862), Fondateur des Sœurs de la Charité maternelle

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Le messin Etienne Pierre Morlanne (1772-1862) a passé toute sa vie au service des jeunes mamans et de leurs enfants, en développant des structures pour les accueillir et leur dispenser les soins dont ils avaient besoin. 

Etienne Pierre Morlanne, dont la figure originale a marqué pendant plus de soixante ans la prise en charge de la maternité et de la naissance à Metz, est né dans cette ville le 22 mai 1772 d’un père béarnais, Pierre, chirurgien major du régiment Royal-Pologne, originaire d’une famille comptant trois générations de médecins et de chirurgiens, et d’une mère messine, Antoinette Janet, fille d’un marchand de la place Saint-Jacques et petite fille d’un maître chirurgien, une femme énergique, d’une piété profonde, à laquelle il vouera toute sa vie une affection sans bornes. Orphelin de père à l’âge de 15 ans, il envisage d’être prêtre et entre au séminaire Sainte-Anne le 11 novembre 1789. Il est tonsuré, mais, au printemps 1791, les événements révolutionnaires aboutissent à la fermeture du séminaire.

Grâce à d’anciennes relations de son père, il entre alors comme élève-chirurgien à l’hôpital militaire de Metz, au Fort-Moselle, où le chirurgien-chef, Rémy Augustin Ibrelisle, le prend sous sa protection, à un moment où il importe de former rapidement des chirurgiens, car les blessés commencent à affluer depuis que les armées ennemies ont franchi les frontières de la nouvelle République. Etienne-Pierre Morlanne obtient rapidement le brevet d’officier de santé et de chirurgien. Ce qui fut déterminant cependant durant cette période militaire, c’est que, dès 1793, il accompagnait son maître Ibrelisle au Dépôt de mendicité. Fondé en 1770 dans l’ancien hôtel abbatial Saint-Vincent, cet établissement recueille les plus pauvres et les plus démunis, ramassés souvent dans la rue, ainsi que les malades des prisons qu’il n’est pas question d’héberger dans les hospices. Très vite, du fait des absences répétées de son maître, c’est sur Morlanne que reposent les soins à effectuer, dans un contexte de plus en plus délicat à cause de l’état des finances publiques. C’est là cependant que Morlanne, particulièrement frappé par la situation difficile des filles mères et des femmes indigentes, trouve véritablement sa vocation. Sans avoir encore totalement renoncé à être prêtre (il continua d’ailleurs, toute sa vie, à porter le costume des séminaristes de l’Ancien Régime), il est cependant encouragé dans cette nouvelle mission par le nouvel évêque concordataire, Monseigneur Bienayme, auquel il avait écrit : «Monseigneur, depuis quatre ans, la divine Providence m’a permis de porter remède à une plaie sociale sensible à notre patrie, lamentable aux yeux de l’Eglise. Un grand nombre de nouveau-nés ou d’enfants à naître meurent, faute de soins intelligents … de malheureuses mères succombent chaque jour … Je me sens capable , si Dieu me prête vie et assistance, de lutter pour la guérison de ces plaies sociales… Un grand nombre d’enfants seront baptisés… nous ferons fleurir à nouveau la doctrine catholique sur le mariage et assurerons les bénédictions divines promises à la fécondité conjugale ».

A cette date en effet, Ibrelisle et Morlanne avaient obtenu qu’une partie des locaux du Dépôt de mendicité soient affectés à l’accueil des femmes enceintes et à la formation de futures sages-femmes. Cette Maternité devint en même temps, par arrêté préfectoral du 15 prairial an X (4 juin 1802), l’Ecole pratique d’accouchement du département de la Moselle. Morlanne, nommé directeur du Dépôt de Mendicité en 1803, y assurait la formation des sages-femmes et s’occupait en même temps activement de la propagation de la vaccination contre la variole, après avoir publié, en 1798, une traduction du livre de Jenner.

Devant l’importance de la tâche, il fallait un personnel compétent et dévoué : Morlanne mit ainsi en place une Association de filles destinées aux accouchements des femmes indigentes et à la propagation de la vaccine dont une partie vivait en communauté à la maternité, tandis que d’autres étaient formées pour prodiguer à domicile les soins aux mères indigentes. Ces « infirmières des pauvres », comme on les désigna d’abord, devaient s’engager pour un temps minimal de trois ans et, si elles le souhaitaient, leur contrat était ensuite reconduit chaque année. Il ne s’agissait pas encore d’une congrégation religieuse, même si ce fut bien le noyau de la future congrégation des Sœurs de la Charité maternelle, mais la mission de ces filles était effectivement à la fois médicale et spirituelle, selon la formule inscrite, en latin, au fronton de la nouvelle maternité : « Pour le salut des mères et des enfants ».

Pour assurer la pérennité de son œuvre, Morlanne devait obtenir la reconnaissance officielle de cette association et, surtout, trouver des financements car les subsides publics étaient très insuffisants pour répondre à l’ampleur de la tâche : en vue de recourir à la générosité et à la charité privées, il fonda, en collaboration avec l’épouse du préfet, Madame de Vaublanc, la Société des Dames de la Charité maternelle, une société aristocratique et bourgeoise qui réunissait les plus grandes familles de la ville et qui présida aux destinées de l’association des sœurs de la Charité maternelle jusqu’en 1869.

L’organisation médico-sociale désormais bien en place connut un grand succès et Morlanne sollicita la mise à disposition de locaux plus vastes et plus salubres, ce qu’il obtint par un arrêté préfectoral du 25 août 1808 qui attribuait à l’hospice de la Maternité l’ancien couvent des Trinitaires, rue de la Bibliothèque (actuellement rue du Haut-Poirier) ; les filles mères cependant ne furent pas admises dans ces nouveaux locaux et restèrent au Dépôt de Mendicité. Morlanne continua à se dévouer corps et âme dans les deux établissements, mais le 14 février 1811 un incendie ravagea totalement le Dépôt et les lieux furent alors abandonnés. Toutefois, l’année précédente, le 24 août, il avait acheté une partie de l’ancien couvent de la Visitation, implanté 36 rue Mazelle, une acquisition complétée en 1823 par l’achat de l’église, et, en 1824, par l’achat du reste des bâtiments conventuels. Son intention était d’ouvrir dans ces locaux une maison de santé destinée aux plus démunis de la société. Effectivement, il y consulta gratuitement de 1811 à 1852, délivrant des médicaments et pratiquant les vaccinations. Ces locaux lui permirent également de recevoir décemment pour leurs accouchements les filles mères, les femmes abandonnées et les femmes étrangères que leur condition excluait de l’hospice de la Maternité. A partir de 1832, à la demande du préfet et du maire de Metz, une salle fut spécialement réservée aux filles-mères moyennant une modeste rétribution. Fidèle à la mission spirituelle qu’il s’était aussi toujours assignée, il obtint l’autorisation d’ouvrir dans cette maison un oratoire au sein duquel il transféra les ossements des religieuses visitandines découverts dans les caves au cours des travaux d’aménagement. Son intention était en fait de faire venir aussi dans cette maison de la rue Mazelle les filles de l’Association de la Charité maternelle, qui s’étaient installées aux Trinitaires en 1808.

Morlanne gardait toujours l’espoir de stabiliser sa jeune association et, pour cela, de lui obtenir une reconnaissance officielle. Ses démarches répétées, qui lui avaient déjà permis d’obtenir un décret d’utilité publique en 1810, aboutirent enfin avec une Ordonnance de Louis XVIII qui confirmait l’association sous le titre d’Institution des sœurs de la Charité maternelle, le 2 décembre 1814. Aux yeux de l’évêque, Monseigneur Jauffret, comme aux yeux de beaucoup de ses contemporains, cette congrégation religieuse de sages-femmes continue cependant à apparaître comme une idée incongrue, restant à ses yeux, comme il l’écrivait en janvier 1818, « un établissement purement civil et tellement étranger à tout lien religieux que les filles qui s’y vouent ne prennent qu’un engagement temporaire par devant l’administration des hôpitaux ». Morlanne ne renonça pas et, avec l’appui des Dames de la Charité maternelle, il réussit enfin à obtenir de l’évêque, qui présida la première cérémonie de prise d’habit le 7 mars 1823, la reconnaissance ecclésiastique sous le nom d’Association charitable des Sœurs de Sainte-Félicité. De nouveaux statuts sont élaborés à cette occasion, qui mettent les sœurs sous la dépendance étroite des Dames de la Charité maternelle, évoquant seulement un respect reconnaissant dû à leur professeur : Morlanne, qui se trouve ainsi écarté de la direction de son œuvre, quitte le logement qu’il occupait à la Maternité pour la maison de santé de la rue Mazelle, où il continue, en même temps qu’à la Maternité, à prodiguer ses cours aux futures sages-femmes.

La maison de santé connut rapidement de graves difficultés financières malgré les sollicitations adressées aux autorités locales et nationales par Morlanne qui, plus homme de cœur que gestionnaire, y engagea toute sa fortune et ses revenus personnels. Les dettes s’accumulèrent et l’immeuble fut finalement vendu par adjudication en 1852. Morlanne se retira alors dans un appartement loué au second étage du 71 rue Mazelle, en face de l’église Saint-Maximin. Malgré ses quatre-vingts ans il ne renonce pas cependant, fonde l’« Œuvre humanitaire » et continue à donner des consultations gratuites, à pratiquer des vaccinations et à accueillir les filles mères indigentes. C’est dans un grand dénuement qu’il meurt dans cet appartement le 7 janvier 1862 à près de quatre-vingt-dix ans. Contrairement à ses dernières volontés, la municipalité lui fit des funérailles solennelles, avec la participation d’une foule considérable au premier rang de laquelle se tenaient les sœurs, suivies des notables.

A cette date, sa fondation est déjà florissante et « le grain de sénevé, semé par le charitable Morlanne, est devenu un arbre ». Se libérant de la tutelle des Dames de la charité maternelle, les sœurs élurent, pour la première fois, leur supérieure générale, Mère Alexis, en 1869, avant de réviser les statuts, qui furent acceptés par Monseigneur Dupont des Loges en 1884, pour devenir une authentique congrégation diocésaine avec une règle comportant des vœux perpétuels de pauvreté, chasteté et obéissance.

Débordant les cadres du diocèse, où elles ont, au siècle dernier, géré la plus importante maternité du département, elles ont essaimé en France, en Belgique et en Afrique, en particulier en République démocratique du Congo où se trouve, à l’heure actuelle, la plus importante de leurs communautés. Toujours fidèles à l’esprit de leur fondateur, elles ont obtenu auprès de l’évêque de Metz, Monseigneur Pierre Raffin, l’ouverture, en janvier 1989, du procès en vue de la béatification d’Etienne Pierre Morlanne.

Ô Père, tu as voulu que ton fils vive en Marie, selon la loi commune, avant de naître, vivre, mourir et ressusciter pour nous. Ton humble Serviteur Pierre Morlanne savait la valeur de toute vie humaine et particulièrement de la vie dans le sein maternel. Il l’a montré en instituant la Congrégation des Religieuses de la Charité Maternelle.

Il a été attentif et fort pour le bien des mères et des enfants.
Daigne nous accorder de voir bientôt la Sainte mère Eglise honorer sa mémoire et nous donner en lui un modèle et un intercesseur de plus auprès de Toi pour nous aider à parvenir nous aussi à la nouvelle Naissance dans la Vie Eternelle. Amen.

Notre Père – Je vous salue, Marie – Gloire au Père

Par l’intercession de ton serviteur Etienne Pierre Morlanne, accorde-nous, sil te plaît la grâce… (préciser laquelle) pour que nous puissions mener une vie qui te plaise, te louer et t’aimer toujours. Par Jésus ton Fils, et Fils de Marie, Notre Seigneur. Amen.