Printemps des religions : quel est le rôle des religions dans la société actuelle ?

Mercredi 16 mai, dans le cadre du « Printemps des religions » (du 14 au 19 mai à Metz), des représentants des cinq grands cultes ont participé, à l’Hôtel de Ville de Metz, à un débat sur le rôle des religions dans la société d’aujourd’hui. À travers cette rencontre interreligieuse, ils ont tenu à donner une image de paix et de tolérance.

En présence de Didier Martin, préfet de la Moselle, et de Christine Aguasca, chargée du dialogue interreligieux et des relations avec les cultes au sein de la mairie de Metz, la rencontre a débuté avec un exposé d’Anthony Feneuil, maître de conférence en sciences humaines et sociales à l’Université de Lorraine, responsable de la licence de théologie.
À la question « Faut-il laisser parler les religions et les laisser intervenir dans les décisions politiques ? », Anthony Feneuil a opposé deux visions concernant le rôle des religions dans une société séculaire et libérale, qui se donne des règles autonomes. D’un côté, ceux qui pensent que l’on ne peut pas défendre une position politique à travers des arguments liés à des convictions religieuses, mais uniquement par des raisons publiques, des justifications profanes. De l’autre, ceux qui avance un argument « intégraliste », qui pensent que cette neutralité demandée est une fausse neutralité puisqu’elle ne peut créer que de l’hypocrisie ; estimant que l’État ne peut imposer une pression plus grande sur le religieux, et que ces derniers n’ont en aucun cas à faire un plus grand effort que les athées.
Anthony Feneuil a conclu son intervention en rappelant que l’incompréhension mutuelle est le nerf de la discussion politique. « Les religions sont là pour nous rappeler que nous ne nous comprenons pas, et qu’il y a quelque chose à construire ». C’est pourquoi, nous devons prendre acte de cette incompréhension.

Un débat a ensuite eu lieu en présence de Mgr Jean-Christophe Lagleize, évêque de Metz, M. Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz et de la Moselle, Mme Élisabeth De Bourqueney, pasteur de l’Église protestante réformée d’Alsace-Lorraine, M. Hicham Mohamed Joudat, président du Conseil lorrain des imams, et M. André Jacquemot, doyen des paroisses orthodoxes de tradition russe de l’Est de la France. Ce débat était animé par Piero Galloro, maître de conférence en sciences humaines et sociales à l’Université de Lorraine.

Au cours des échanges, Mme le pasteur De Bourqueney a rappelé qu’il était essentiel de « connaître l’histoire des différentes religions » et qu’il fallait « faire dialoguer les religions ».
Le grand rabbin de Metz a expliqué qu’il y avait « un équilibre à trouver pour faire vivre la fraternité ». Il a tenu à préciser que si les règles républicaines doivent s’imposer à tous, les religieux ont le droit de s’exprimer comme tout un chacun, en exprimant leurs convictions profondes. L’important étant de permettre aux religions d’apporter, au niveau social par exemple, leurs contributions en vue d’une société plus fraternelle et plus juste. Tout en rappelant que « la France s’est construite avec le fait religieux ».
Pour sa part, Mgr Lagleize a expliqué qu’une « démocratie respecte ses citoyens que si elle permet une objection de conscience », que ce soit au niveau des croyants ou des non-croyants. Il a aussi souligné que « des discussions et des débats existent à l’intérieur de toutes les confessions et de toutes les communautés respectives ».
L’imam Joudat a, pour sa part, regretté que « la dimension horizontale des cultes ne soit pas très médiatisée ». Beaucoup d’actions sociales, dans les maisons d’arrêt ou dans les hôpitaux par exemple, sont réalisées conjointement par les différents cultes, au service de la société.
Enfin, M. Jacquemot a souligné que « nous n’avons pas à donner notre avis dans la société au nom d’une religion, mais en tant que citoyen ; nous n’avons pas à imposer quoi que ce soit au nom de la religion ». Il estime également que le rôle de la religion est de « montrer que la vie a du sens et de donner de la beauté au monde ».

Le débat s’est conclu avec le partage d’une certitude : l’important est la compréhension et la connaissance de l’autre. C’est pourquoi, le dialogue interreligieux est une question sociale. Comme disait Marie Curie : « Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre ».