Antoine Yakpo-Ossobé, futur diacre : « Chaque personne est le visage du Seigneur qui se déploie »

antoine-yakpe-ossobeAntoine Yakpo-Ossobé sera ordonné diacre en vue du sacerdoce presbytéral le 26 juin 2016 à 15 heures à la cathédrale de Metz. Originaire d’une famille catholique pratiquante togolaise, et quatrième enfant d’une fratrie de 5 sœurs et 2 frères, il nous partage son cheminement.

Comment est née votre vocation ?

C’est une grande histoire ! Tout a commencé au cours d’un pèlerinage diocésain dans un sanctuaire marial au Togo. J’y ai reçu l’appel du Seigneur, c’est-à-dire que j’ai senti au fond de moi un désir profond de le suivre. A l’époque, je ne savais pas encore que c’était un appel vocationnel. J’en ai parlé à mon papa, qui était avec moi. Il m’a regardé avec un grand sourire et m’a dit de prier. Plus tard, nous sommes allés voir le prêtre de la paroisse et je suis entré au Petit Séminaire Jérémie Moran au Togo. Quand j’étais en quatrième, les choses ont commencé à se préciser. J’ai été interpellé par un passage du livre d’Isaïe : « « qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « me voici : envoie-moi ! » ». Cette réponse d’Isaïe est devenue la mienne.

Comment êtes-vous arrivé en France ?

J’ai été amené à venir en France pour entrer au Grand Séminaire de Lorraine.

J’avais fait mes 8 ans de Petit Séminaire au Togo et il venait de fermer car le diocèse n’avait plus de moyens pour l’entretenir. Lorsque j’ai passé mon bac à Lomé, je me demandais s’il fallait entrer dans une congrégation religieuse ou s’il fallait devenir prêtre diocésain. Comme j’étais indécis, je suis allé à l’université, où j’ai obtenu une maîtrise de sociologie. J’ai travaillé ensuite comme bibliothécaire, puis comme journaliste correspondant à Africanews et j’ai également été moniteur à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – Togo.

Pendant ces deux années de travail, il y avait un feu non consumé en moi, l’appel était toujours présent. Après discernement avec mon Père spirituel, j’ai pris la route du Grand Séminaire. A mon grand étonnement, on m’a alors dit que je ne pouvais pas y entrer au Togo car l’âge limite d’admission était de 25 ans et j’en avais 29 ! J’ai alors commencé à chercher ailleurs et j’ai mis cela dans la prière. Mon chemin a alors croisé celui de l’abbé Augustin Otchokpo, qui en a parlé à Monseigneur Raffin. Ce dernier a accepté que je rentre au Grand Séminaire de Lorraine.

Comment avez-vous vécu les différences culturelles ?

A mon grand étonnement, cela n’a pas été très difficile. Mon papa avait fait des études en Allemagne et j’avais une tante française, si bien qu’au Togo, ma famille vivait un peu à l’occidentale. Très vite, je me suis senti à l’aise, comme si j’étais chez moi.

Qu’est-ce qui vous a marqué au Séminaire ?

C’est la vie de prière, la vie spirituelle. Elle rythme notre journée. J’ai mis aussi beaucoup l’accent personnellement sur cette vie de prière. C’est elle qui me nourrit et me tient.

Je me suis laissé former par les responsables du Séminaire. Ce n’est pas évident quand on a déjà fait des études et qu’on a eu une situation. Cela demande de savoir s’humilier, d’accepter se laisser guider.

Je retiens aussi les rencontres avec les gens. Je me sens aimé par eux et je les aime. Pour moi, aujourd’hui, il faut être avec les gens, les accueillir, leur annoncer la bonne nouvelle, les écouter et les aimer.

Lors de mon stage à Plappeville, j’ai été touché par la ferveur des gens. Il ne faut pas voir le nombre. Les fidèles ne sont pas nombreux, mais ils sont réellement attachés au Christ. Les bénévoles rencontrés se donnent vraiment, de tout leur cœur. J’ai été touché par cette humilité et cette simplicité.

Quelle est votre parole biblique préférée ?

Il y a plusieurs passages d’Evangile qui m’interpellent, particulièrement les Béatitudes. Si je dois en choisir une, je retiendrais un verset des Epitres de saint Paul (Galates 2, 20) : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi », car pour moi, l’essentiel, c’est le Christ. Concrètement, c’est repérer les actes du Christ dans l’Evangile et essayer de m’y conformer. La rencontre avec le Seigneur se fait dans l’humilité, car dans notre vie chrétienne, nous ne pouvons monter vers Dieu qu’en descendant.

Comment voyez-vous votre ministère de diacre ?

Dans l’année à venir, je me situerai dans la diaconie, au service de la Parole, de la liturgie et de la charité, tout en restant fidèle au Seigneur. Je ne suis qu’un simple serviteur, qui a pour priorité le service de Dieu, de l’Eglise et des hommes.

Chaque personne qui se présente devant moi, c’est le visage du Seigneur qui se déploie. Fermer les yeux devant le prochain rend aveugle devant Dieu.

Comment vous représentez-vous votre ordination diaconale ?

C’est le don total de ma vie au Christ, à l’Eglise, et bien évidemment à l’Eglise particulière de Metz. Je m’engage à l’obéissance à l’évêque et à la collaboration avec le presbyterium. Avec toutes les rencontres faites ici ou là, je mesure combien c’est une chance : le tissu ecclésial a une bonne assise et c’est une chance d’avoir tous ces prêtres qui peuvent aider à démarrer dans la pastorale. On ne vient pas dans un désert. Le terrain a déjà été préparé par d’autres et nous apporterons à notre tour notre contribution pour que le Seigneur y rayonne.

Avec le recul, je suis dans l’action de grâce pour le chemin parcouru. Tout a été discerné et réfléchi. Au cours des 5 années vécues au Grand Séminaire, j’ai pu affiner mon désir pour qu’il soit davantage conforme à la volonté de Dieu. Dans tout chemin, il y a des hauts et des bas. L’essentiel, c’est de se relever quand on tombe et de garder toujours confiance dans le Seigneur, car Lui ne peut pas nous tromper.

C’est dans mon ordinaire que le Seigneur m’a rencontré et trouvé. C’est dans cet ordinaire qu’il me fait encore confiance. Je suis aussi pécheur, mais Il est miséricordieux. Faisons vraiment confiance à Dieu et nous ne serons jamais déçus. N’ayons pas peur de nous engager véritablement dans une relation avec le Seigneur. L’assurance de notre vie, c’est Lui ! Une vie sans le Christ n’est pas une vraie vie.

 

Pour aller plus loin….
Lire le témoignage de Noël Bado, qui sera ordonné prêtre le 26 juin 2016.

Lire le témoignage d’Hervé Rollin, qui sera également ordonné prêtre le 26 juin 2016.