Médias et vérité au menu des 22èmes journées François de Sales à Lourdes

Du 24 au 26 Janvier 2018, la Fédération des médias catholiques a organisé, en partenariat avec le Secrétariat pour la communication du Saint-Siège, les 22èmes journées saint François de Sales à Lourdes, autour de la question « médias et vérité ».

«C’est amusant, pour une fois, nous sommes assis à la place des évêques dans l’hémicycle qui les rassemble pour leur assemblée plénière » livre dans un sourire Vincent Neymon, le directeur de la communication de la Conférence des évêques de France. Effectivement, en lieu et place des évêques se tiennent 250 professionnels de médias catholiques, principalement français, mais aussi de différents pays d’Europe et d’Afrique.

Tous ensemble, ils ont d’abord ouvert cette rencontre par la fête de leur saint patron, François de Sales, évêque de Genève et promoteur de l’évangélisation en porte-à-porte dans son diocèse, où jeune prêtre il allait diffuser la bonne parole dans les maisons et les fermes. C’est Mgr Nicolas Brouwet, l’évêque de Tarbes et Lourdes, qui a présidé la messe d’ouverture à la Basilique du Rosaire, avant l’ouverture officielle par Jean-Marie Montel et Monseigneur Vigano, préfet du Secrétariat pour la communication du Vatican. La première séquence de travail fut consacrée à la dimension philosophique des « visages de la vérité », une occasion de s’interroger sur ce qu’on entend derrière ce concept.

Ce même jour, au Vatican, le pape François a publié le message annuel en vue de la journée mondiale des communications sociales, qui sera célébrée le 13 mai 2018. Le pape François invite à « promouvoir un journalisme de paix ».

En quête de la vérité

La seconde journée a permis d’approfondir la question de la vérité par le versant théologique. Natacha Kovekar du Secrétariat pour la Communication du Saint-Siège est revenu sur l’image qui ouvre le livret pour la prochaine journée mondiale des communications sociales où la figure d’Eve se tourne vers la lumière de la révélation divine, malgré la tentation du serpent. « Eve se laisse transfigurer par la vérité et elle se trouve libérée du mensonge du serpent. Cette image est vraie pour nous tous : cette lumière de sainteté, qui nous habite, peut illuminer nos choix quotidiens, pour abandonner les choix du monde. » Le théologien Henri-Jérôme Gagey a développé l’idée que « Jésus montre, par toute sa vie, que la vérité est en procès. La révélation qu’il apporte est remise en cause par les autorités du temps, jusqu’à sa mise à mort. » Celui qui met la vérité au-dessus de toute compromission, sait qu’il aura à entrer en opposition, en résistance ou dans un combat qui coûte. Car comme le dit le père Gregory Woimbé citant saint Augustin : « l’homme aime la vérité pour ne pas être trompé. Mais en même temps, il ne l’aime pas dès lors qu’elle le met à nu, lorsqu’elle met en lumière ses incohérences. » De son côté, Sœur Véronique Margron, a souligné que la vérité « se fait dans du lien, dans la relation, marquée par le soin pour les lecteurs. Elle est avant tout une conversion, et non une recherche de savoir. Cette quête passe par des médiations, du temps. Elle est avant tout une alliance et une reconnaissance. »

D’un point de vue économique et politique, force est de constater que la pratique d’un langage de vérité est bousculée. Dans l’opinion publique, l’heure est à défiance généralisée. Devant la parole des institutions, du personnel politique, devant les informations des grands médias. C’est ce qu’à montrer Jérôme Fourquet de l’institut Ipsos reprenant des études sur la question du complot. Elles montrent qu’une part importante de la population ne donne pas crédit aux médias et se laisse prendre par des fake-news. Le politologue et rédacteur en chef à RTL, Jérome Chapuis, confirme ce souci de la défiance du public. Reconnaissant les grandes mutations que le traitement de l’information a connu depuis deux décennies, notamment avec l’information continue, Internet et les réseaux sociaux, le journaliste constate que la profession « apprend doucement ce nouveau solfège. Fiabilité et vérification des informations sont plus que jamais nécessaire, car ce monde a besoin de tiers de confiance. J’essaie de cultiver une proximité et de la cohérence, d’avoir une qualité de regard et d’écoute, pour qu’une parole vraie circule entre tous. Je suis un médiateur ». A côté de lui, la députée LREM, Amélie de Montchalin affirme que la politique est l’art de gérer des réalités et que le langage politique est celui de l’action. La vérité de l’homme politique est d’abord dans ce qu’il fait pour changer la réalité, même si toute vérité est toujours complexe.

D’où l’importance de savoir comprendre la manière dont se construise les messages médiatiques, de savoir décrypter le story-telling et de donner aux jeunes générations une véritable éducation à la pratique des médias. Ce à quoi on essayer de répondre les différents ateliers proposés l’après-midi.

Journaliste, un métier encore plus indispensable

Lors de la dernière journée, après la messe présidée par le Cardinal Parolin, et la remise du 1er prix Jacques Hamel au journaliste de la Croix, Samuel Lieven, l’assemblée a profité d’une dernière table ronde autour de la question : « vérité et objectivité ». A travers différentes prises de parole, notamment le témoignage du père Joseph Borg, responsable de la radio chrétienne de Malte, les participants ont pu comprendre combien la recherche de la vérité peut être un combat. Jusqu’au prix d’une vie. Il a notamment rappelé que face à l’opinion majoritaire ou aux intérêts supérieurs de l’argent ou du profit, faire émerger la vérité est toujours une lutte, et qu’au contraire, suivre le sens du vent fait du journaliste un héros.

Le sociologue Cyril Lemieux a souhaité conforter le journaliste dans sa mission de professionnel qui doit, malgré les nombreux changements subit depuis deux décennies, pratiquer la distanciation dans son traitement de l’information : il doit vérifier les faits et croiser les témoignages, séparer le factuel du commentaire, donner la parole aux différentes parties dans un conflit et mettre la personne devant ses contradictions éventuelles. Tout ceci pour s’assurer de l’objectivité devant les faits, mais aussi de la vérificabilité des énoncés d’opinion ou encore de l’authenticité du témoignage. Malgré les contraintes propres à l’exercice du métier, l’intervenant à rappeler que le journaliste garde la possibilité de faire ses choix. Et qu’à l’heure d’internet, il y a de multiples usages possibles pour assurer son travail, malgré l’infobésité et la multiplicité des émetteurs de messages.

En final, Isabelle de Gaulmyn, journaliste à La Croix, a livré un témoignage personnel sur les difficultés et les chances de sa pratique, encourageant les journalistes aguerris à mieux accompagner leurs jeunes confrères et relevant que le travail journaliste est toujours un travail d’équipe.

Que retenir de ces journées riches d’idées, de rencontres et de partage ? Que la vérité est complexe et multiforme. Elle est un chemin, une quête, une relation. Pour un chrétien, elle a un visage : celui du Christ qui apporte sa lumière sur la vie.